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 Article de presse Noirdesir.org

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krys



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Localisation : Fermons-les-clans
Date d'inscription : 27/09/2005

MessageSujet: Article de presse Noirdesir.org   Lun 6 Déc - 12:49

Vince ferme ces portes.

Citation :
BEST - AOUT 1989



"C'est quand même impressionnant que Chaban soit Duc de Bordeaux depuis 1946, et qu'il ait attendu 1989 pour découvrir le rock." Impressionnant, mais sûrement pas étonnant. Bordeaux, pas un instant, ne peut prétendre au label -ville rock -, si tant est que cette étiquette stupide ait jamais voulu dire quelque chose. Ceinturée d'une campagne avenante, là où pousse en pieds disciplinés l'or rouge liquide, la ville des ducs d'Aquitaine ne se cache pas d'être essentiellement bourgeoise, repliée sur son douillet confort, sa respectable allure, et son incontournable charme cossu. Les larges avenues du centre comme les étroites ruelles pavées de la vieille ville transpirent leur inexorable volonté de bonne réputation. Quand aux immeubles monumentaux hérités de la florissante période où, avant l'or viticole, Bordeaux construisait sa richesse sur le commerce triangulaire, ils sont là, terribles témoins, pour indiquer une honte bue jusqu'à la lie, comme on siffle un graves ou un Margaux.


A Bordeaux, il y a même une classe de gens qui se font gloire du passé déjà lointain où la région était terre Anglaise, descendants putatifs d'Alienor qui courent ridiculement après le maintien et la réputation de la noblesse britannique.
Il n'y aurait guère que le port qui pourrait prétendre inspirer quelques réflexes rock'n'roll traditionnels, mais la vingtaine d'entrepôts massifs et délabrés qui longent la Garonne ne sont jamais ouverts aux groupes de rock en mal de havres à répétitions ou à concerts sans façon. D'ailleurs ils doivent être rasés pour faire des jardins, le genre cossu encore une fois, on peut l'imaginer ...
"Une ville qui a fait sa richesse sur la traite des noirs, puis l'a définitivement assise sur la vente du vin le plus cher de la planète. C'est beau, c'est riche. Mais ça veut dire que les gens qui sont à "l'extérieur" de ça le sont complètement. Il y a un noyau de public fidèle, le rock alternatif à Bordeaux fait toujours recette et attire énormément de monde. C'est encore un paradoxe de Bordeaux."
Noir Désir est de Bordeaux. Depuis et pour toujours.
"Le lieu où on vit n'est pas forcément le lieu où ça se passe pour nous. Et puis il y a toutes les raisons intimes d'y rester. Mais c'est surtout le moyen parfait de prendre le recul nécessaire."


Parce que sous ses oripeaux d'aristocratie fossile, Bordeaux a quand même donné naissance aux groupes qui font l'actualité : Gamine et son rock aérien, tout en guitare précieusement orfévrées ; Kid Pharaon, dans la tradition des baladins anglo-saxon sixties, et surtout Noir Désir dont la puissance formidable sur scène, et le lyrisme étonnant de leur album "Veuillez Rendre l'Ame" leur a valu la reconnaissance généreuse des médias et du public, récoltant couvertures de magazines, Bus d'Acier, et toute cette sorte de choses. Des choses parfois incongrues, comme cette publicité télévisée qui passe actuellement pour vanter une compilation de hits NRJ, et qui propose en avant-goût une bribe de "Aux sombres Héros de l'Amer" entre des bouts de Sam Brown et Village People!
Ce n'est pas un hasard si Bordeaux n'a su enfanter qu'un rock de voyage, de rêve, totalement détaché des contingences urbaines, un rock d'aventures, tout d'onirisme et de climats variés, un rock de port finalement. Il y a du marin dans Noir Désir. D'ailleurs, à l'écart de la ville fardée de respectabilité, on trouve un port de plaisance. Pas le genre "m'as-tu vu", plutôt le genre "je vis dans mon bateau parce que j'ai pas de maison". A l'ombre du cathédralesque blockhaus qui servit de base sous-marine en des temps plus troublés, une trentaine de voiliers, pas neufs, pas tape-à-l’œil, mouillent leur quille dans de l'eau saumâtre. C'est là que Frédéric Vidalenc, le bassiste passe le plus clair de son temps off-Noir Désir, à peindre, poncer, entretenir son élégant esquif. Il y a de la mer dans Noir Désir, des tempêtes et des naufrages, des océans qui grondent et des couchers de soleil sur l'horizon lointain ...


Aujourd'hui, à Bordeaux, les héros locaux ont changé d'uniforme. Le très subventionné club des Girondins patauge lamentablement dans les strates anonymes du championnat de football de première division, tandis que les gommeux aux guitares électriques s'affichent à la une des magazines en couleur. Paraît même que Chaban-Delmas, le duc légendaire, aurait émis le souhait de rencontrer le gang qui a redoré l'honneur du rock français!


"On ira peut-être le voir un jour, si on a un projet viable à lui faire accepter. Sinon, y aller pour qu'il nous retourne comme une crêpe, parce qu'il a largement plus que nous l'habitude de ce genre de dialectique, c'est non ! C'est comme par hasard au moment où les groupes de Bordeaux font des couvertures qu'il s'intéresse au rock. Quand il y avait tous les groupes en ST (Stilletos, Strychnine, Standards, etc. .., NDLR), il y a douze ans, il était très détaché de ça, et quand les Boulevards du Rock ont été organisés à Bordeaux, il les a toléré en première année, et effacé la seconde en les transférant de force dans une lointaine banlieue inaccessible. Mais c'est normal, aucun maire n'a jamais soutenu une politique locale du rock, à la limite, c'est aussi bien. Chacun chez soi. Par contre, tout a été prétexte à contrer les initiatives ; les salles, les clubs ont été fermés les uns après les autres pour d'obscures raisons de voisinage. Pour les groupes qui naissent maintenant, c'est quasi impossible de trouver un lieu pour s'exprimer."


Gloire nationale sans rien devoir à personne et surtout pas à leurs semblables en temps de vache maigre, le nouveau statut de Noir Désir a dû perturber le cours tranquille de la vie dans les sphères les plus swing de la cité majestueuse.
"Il y a une foule de gens qui tendent la main pour nous saluer, un mètre cinquante avant de nous croiser. Souvent ce sont les mêmes qui nous ignoraient depuis des années. Avec le Bus d'Acier, les couvertures, les radios locales qui nous snobaient superbement se mettent à nous solliciter. Dès qu'il y a une reconnaissance qui vient de la capitale, et que Bordeaux s'en rend compte, alors ils suivent. Mais ce n'est pas un phénomène propre à Bordeaux, à Paris NRJ fait pareil, ces radios ne prennent aucun risque, quand un disque est sur des rails, chiffres de vente à l'appui, ils "osent" prendre le risque de le passer.


En dehors des médias, les réactions sont diverses. Les habituels chieurs doivent crier à la trahison probable derrière notre dos. Il y a toujours eu ici des gens qui étaient dans un autre état d'esprit que le nôtre, et qui prétendaient nous donner des leçons. A l'époque on avait refusé de participer à certaines auto productions douteuses, ces gens étaient supposés avoir plus d'expérience que nous et le fait qu'on les snobe les incitaient à nous considérer avec le moins d'aménité possible. Aujourd'hui, certains sont aigris, ce n'est pas une revanche du tout, car tel n'est pas notre propos, mais quand on tombe sur eux on les sent mal à l'aise. C'était tous ces gens qui étaient "diplômés du rock'n'roll", il y a pas mal de puristes ici, nombre des groupes bordelais nous ignorait, on les croisait dans les bars, mais ils agissaient comme si Noir Désir n'existait pas. Beaucoup de ceux-là nous saluent chaleureusement aujourd'hui !


Il y a aussi une grande ignorance, et des tas de légendes courent sur la perversion des maisons de disque. Quand on a signé chez Barclay, il s'est trouvé des gens pour nous dire "vous êtes fous, ils vont vous dénaturer, faire jouer des requins de studio à votre place sur le disque" ! Ca part de l'ignorance pure, et aussi de ces gens qui se sont pointés dans des boîtes de disques, et se sont laissé modeler, on leur a gardé le chanteur et bazardé le reste. Dans ce métier, savoir ce que tu veux faire, c'est important, mais savoir ce que tu ne veux PAS faire, c'est primordial ! Il ne faut aucune complaisance. Un des boulots les plus constants est de démontrer à notre label qu'on a notre façon de faire, qu'elle n'est pas idiote, et qu'elle nous correspond. Elle est différente. On a toujours eu un fonctionnement différent, depuis le début, dans nos rapports avec eux. Ils ont été de surprises en surprises. Ils nous signaient à long terme, mais ils ne pensaient pas que ça fonctionnerait comme ça en terme de réussite. En tout cas ils nous laissent agir, proposent les choses, nous laissent examiner les données, réfléchir et décider."


Le bouleversement qu'implique le succès n'a pas changé les quatre garçons de Bordeaux, plus unis que jamais, plus détachés et imperméables aux troubles de la gloire que quiconque :
"On ne s'y attendait pas vraiment, il vaut toujours mieux être surpris, ce sont des choses qui arrivent on ne sait pas comment. On ne pouvait peut-être pas le prévoir, on aurait au moins pu y penser. Mais l'important, c'est que ça ne change rien. A la sortie du disque, on s'attendait autant à se faire descendre qu'à se faire encenser. On savait quand même que ça ne passerait pas inaperçu, que les critiques ne seraient pas mitigées, comme pour le premier album.
On a été un peu décalé de tout ça parce que dès la sortie du disque on est parti en tournée, dans ces cas-là on est loin de tout, coupé du monde extérieur. Le fait qu'en plus on vive à Bordeaux nous détache encore plus ; quand on rentre de concert, on retrouve notre cadre de vie quotidien depuis toujours. C'est pour ça qu'on est plus facilement surpris de ce qui nous tombe dessus. Ca faisait partie du domaine du possible, mais a vrai dire on n'y a jamais vraiment attaché d'importance. On s'en foutait un peu. Ce n'est pas un but d'être en couverture, mais c'est bien, et sur le moment tu es content. Il est vrai que ça peut sembler rouleau compresseur, mais on ne veut pas de surenchère factice là-dessus, il faut que le promo soit proportionnée à ce qui se passe vraiment.
La seule vraie remise à niveau, c'est le concert ; il peut se passer plein de choses autour, quoi qu'il arrive, on se retrouve sur scène. Il ne faut pas non plus qu'il y ait excès de superlatifs, il y a eu une grosse promotion de notre potentiel scénique. Notre concert est ce qu'il est, il ne faut pas en faire un truc mythique, sinon pour nous c'est un poids qui peut devenir considérable. Il n'y a pas de recette, pas de préparation spéciale, on répète et on joue. Ca ce remarque peut-être parce que depuis des années il n'y a pas eu de groupe en France qui ait comme nous misé sur les concerts pour se faire connaître et apprécier. Il n'y a pas de jeu de scène, c'est juste une démultiplication de ce qui se passe tous les jours dans notre salle de répétition. Juste un travail qui vient de loin, du fait qu'on a beaucoup joué ensemble, qu'on se connaît bien, qu'on sait qu'on peut improviser en étant toujours sur la même longueur d'onde.
C'est le problème quand tu as beaucoup de presse, il faudrait que tu correspondes à ce qu'on dit de toi, c'est un truc extrêmement dangereux. On a un nouveau public, c'est sûr que des gens sont drainés par l'agitation médiatique ; s'ils comprennent ce qu'on fait et l'apprécient, c'est OK pour nous. On joue pour ça aussi, pour convaincre un nouveau public, pas seulement pour réconforter celui qui nous est acquis depuis longtemps.


Toute cette pression va influer forcément sur le nouvel album. On en est à définir les bases des compositions, on part à zéro, on a rien d'avance. C'est évident que tous ces événements vont peser, on ne peut pas faire sans, mais la sagesse voudrait qu'on en tienne compte, pour pouvoir passer au-dessus et faire tout ce qu'on a envie de faire. Ca va représenter un boulot supplémentaire d'effacer cette pression, encore plus de travail, un travail informel. Nous-même on ne sait pas comment on fait. On se voit, on joue, il y a des trucs qui sortent. On ne s'est jamais fixé des règles précises. C'est intéressant mais difficile. On sait un petit peu, de manière informelle, ce que sera le prochain album, mais on ne peut pas le dire, même entre nous. Et si on le savait maintenant, ce serait bizarre, pas naturel. Parce qu'il faut toujours garder cette marge de plaisir, et le plaisir, on ne sait pas quand ça arrive."


A Bordeaux, tandis que les grappes de Pétrus vont lentement aller vers leur maturation, les quatre "Noir-dèze" vont poursuivre sur la voie qu'ils se sont tracée, entre concerts incendiaires, virées en mer, lectures, rencontres et discussions passionnées... Tant de groupes se sont fondés sur des références et une fascination pour leurs prédécesseurs ; celui-ci, naturellement, a tout misé sur le potentiel humain. C'est ce qui fait sa force, et le fera perdurer.


Jean-Eric PERRIN
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MessageSujet: Re: Article de presse Noirdesir.org   Lun 6 Déc - 12:51

Citation :
L.O. 1991

Noir Désir : Le come black



Troisième album, "Du ciment sous les plaines", 14 titres renouvelant l'inspiration de ce groupe hors normes, en pleine évolution. Oui, une nouvelle fois dans nos colonnes, mais il est rare de rencontrer un groupe aussi sincère et authentique. Alors, pourquoi se priver? Les fidèles de la première heure les retrouveront, les autres les découvriront : énergiques et lucides ... rock'n roll quoi ! Carton plein pour le deuxième album, Bus d'Acier ... Avant de repartir sur les routes, ils ont passé avec succès 1h30 d'interview et l'épreuve du titre à titre ! En voiture Simone ...



Depuis plusieurs mois, le groupe s'est consacré à l'album ...

N.D. : On ne sait pas composer en tournée. On est obligé de s'arrêter et de se relancer dans les répétitions pour travailler sur les embryons de morceaux puisqu'il y en a beaucoup qui ont été mis en forme en studio. Le but était de produire l'album et de mener l'histoire de A à Z. Le meilleur moyen de ne pas se trahir était de bosser dans une optique quasi-live.

Au -delà du groupe, il existe une "famille" Noir Désir, qui contribue fortement à la stabilité et la cohérence de l'ensemble.

N.D. : Au niveau de la promo, on a défini à l'avance avec Manu, notre manager, ce qu'on ne voulait pas. On fera peu de télévision car il y a peu d'émissions intéressantes. Côté radio et presse écrite, il n'y a pas de problèmes à part quelques trucs genre ..."Minute" ... On aurait voulu avoir la page recette dans "Madame Figaro" mais il paraît que ce n'est pas possible !!! (rires). Au fil du temps on a un management et un entourage très proche de Noir Désir, qui fait pratiquement partie du groupe, qui est à même de juger les choses sans que l'on intervienne forcément. Il y a souvent même provocation côté management, pour voir si l'on ne s'endort pas un peu. On a été formé à la même école. Ce qui a été difficile, c'était d'imposer un manager improvisé qui ne sortait pas du circuit traditionnel français. Il a fallu serrer les rangs et leur montrer que Manu parle au nom du groupe sans passer par les indépendants, ils ont saisi l'opportunité, Barclay, d'entrée de jeu, mais ... ça pose tout le temps des problèmes. On peut être indépendant dans une major si on en a la volonté. Il ne faut pas hésiter à se battre, à dire non, même s'ils ne sont pas habitués à ce langage. Il ne faut pas oublier qu'ils ont 25 ans de variétés derrière eux. On a souvent du mal à se mettre d'accord tous les quatre, on s'imagine très bien que des gens vivant à six cents kilomètres de nous peuvent passer complètement à côté du groupe, même avec la meilleure volonté du monde ! Leurs buts ne sont pas forcément les mêmes que les nôtres. On ne peut pas mettre tous les "artistes" dans le même moule à promotion ! On a toujours eu des idées arrêtées sur ce que l'on ne voulait pas faire. Maintenant, on en est à un stade où l'on doit décider de ce que l'on veut faire et ce n'est pas plus facile ! (rires). On ne se fera plus avoir de la même façon, que ce soit par incompréhension ou mauvaise volonté. On est confronté à une machine énorme beaucoup mieux huilée que nous. Si tu ne restes pas vigilant, ton idée, en passant dans trois bureaux a totalement changée. Même si on passe pour des casse-couilles, on va être plus exigeant. D'autant qu'en cinq ans on a vu trois P.D.G. Quatre directeurs artistiques et sept comptables ! Nous avons renégocié le contrat avec Barclay avant cet album, et l'idée que les futurs L.P. soient en licence est un projet bien avancé. Nous ne voulons pas que Noir Désir nous échappe.

A force de sillonner les routes de France, l'envie de larguer les amarres les pousse ailleurs. Au-delà des frontières, nos 4 (sombres?) héros (de la mer?) partent vers de nouvelles aventures ...

N.D. : Nous avons plaisir à jouer à l'étranger, mais pas n'importe où, n'importe comment, pour n'importe quoi, sous prétexte qu'on est pas en France. On préfère commencer par le début, par les clubs où c'est plus naturel. On s'y fait des amis qui peuvent défendre ce que nous sommes en en parlant bien. On fait au coup par coup des festivals. En U.R.S.S. aussi, c'était bien, dans de très grandes salles, de Moscou à la Crimée, en passant par l'Ukraine et Leningrad, sans argument de vente puisque nous ne sommes pas distribués par Mélodia (seule et unique maison de disque en U.R.S.S. ) !

Après tout la phonétique est une écriture internationale, le groupe balançant entre français et anglais ... faut-il voir là une explication?

N.D. : C'était un petit clin d’œil vis-à-vis de la peut-être future nouvelle orthographe. Cela nous a permis de tester le marketing Barclay. La première réaction a été : ce n'est pas possible, les gens ne vont pas trouver le disque du premier coup.

On the road again ...

N.D. : On a démarré en février en passant au Zénith de Montpellier pour les Etats du Rock. Après ça, on est parti au Japon, on a passé cinq jours à Tokyo, une bonne expérience. On continue jusqu'à fin mai par trois jours à Paris, l'Elysée Montmartre, pour finir à Bordeaux. Nous prendrons des premières parties locales pour soutenir cette scène de province. Nous avons invité Passion Fodder pour trois ou quatre dates.

Les rencontrant aussi coopératifs, on avait pas envie de s'arrêter là. Pendant notre séquence interlude, vous avez le temps d'aller chercher une mousse et c'est reparti pour le titre à titre ... On ne mollit pas !



"NO, NO, NO" " there's nothing I can do / A part traîner sur les g'noux / Do you want to shoot me down ? "

C'est bizarre parce qu'on l'a tous choisi naturellement pour ouvrir l'album et c'est le premier que l'on a enregistré. Une certaine facilité pour ce morceau, c'est le premier qu'on a fait en concert. Le meilleur. Et c'est le premier morceau dont on parle, il a un côté premier morceau, ce titre ! Il met à l'aise. C'est une histoire semi-comique, semi-désabusée, c'est l'histoire d'un type qui propose des choses extraordinaires à une fille qui lui répond toujours non. Elle lui répond qu'elle s'en fout des poèmes, de ce que peut être l'extérieur et de ce que peut être l'intérieur.

"EN ROUTE POUR LA JOIE" " Qui savait au début / Qu'il y aurait une fin "

C'est un truc droit, composé très simplement, musicalement c'est un clin d’œil aussi à toute une forme de rock'n roll. Le rock par excellence, c'est deux accords qui se courent après. On pensait aux Cramps. "En route pour la joie" ça dit que cela ne va pas être facile. Il a ce côté très cru, brut, qu'on avait envie de mettre en avant. C'est un 45, il y en aura d'autres, au début il n'était pas pressenti pour l'être. On n'arrive pas à choisir les singles, ça n'est pas assez représentatif du groupe. Un album c'est un bloc qu'on ne peut pas casser.

"CHARLIE" " Son ombre glisse et sa semelle claque / Charlie caresse le trottoir "

Tout est parti encore une fois de quelque chose de très très simple. Une petite ligne d'harmonica, plus un truc d'ambiance, il y a une idée de blues, mais de blues un peu déchirant, c'est juste une idée qui a défini aussi l'idée du texte. Je ne pouvais pas écrire n'importe quoi là-dessus (Bertrand). C'est une histoire simple. Cela me faisait penser à Séville, aux Sévillans qui ne se posent plus de questions et qui savent déjà que tenir debout, c'est beaucoup. Il a fini couché mais avant, il a donné ! C'est un truc d'ambiance clair de lune. "Charlie" par excellence, c'est le morceau où il n'y a pas de changement de feeling ; c'est toujours hypnotique mais ça bouge par ailleurs ! A la base il y a deux notes.

Vous en avez utilisé deux mais c'est bon il vous en reste d'autres?

C'est l'avenir : faut pas gaspiller !

On va être amené à parler plus particulièrement des textes. Qu'est-ce qui a changé dans Noir Désir parce que ce n'est pas du tout la même manière, il commence à y avoir un embryon de préoccupations sociales. Est-ce qu'il y a un message a passer, est-ce qu'il y a beaucoup de phrases à tiroir ?

Des phrases à tiroir ... c'est vrai qu'il y a beaucoup de jeux de mots et pas mal de consonances ... Le côté revendicatif ou social, c'est vrai qu'on est né avec cela. Ce n'était peut-être pas représenté dans le groupe avant mais il y a eu un stade de passé. Ce qui a changé, c'est l'envie de ne pas se regarder le nombril tout le temps. Le malaise en lui-même est le même à l'intérieur qu'à l'extérieur. Par contre on est quelque part sans doute moins perméable à ce qui se passe et ça aide peut-être à cracher certaines choses qui existent encore. Le fait d'avoir tourné à l'étranger, de se balader un petit peu, replace les choses dans un contexte plus large à l'échelle de la planète. Même si tu savais tout un tas de trucs, le fait d'aller les vivre, de voir à quel point, en termes de systèmes, c'est la catastrophe partout change ta vision. Même si cela peut paraître un peu opportuniste il a fallu que j'aille à Berlin (Bertrand) et j'en ai rien à foutre de ce que l'on peut en penser ... J'ai vu l'horreur, il y avait des bouteilles de Coca Cola, le lendemain de la chute du Mur.

"TU M'DONNES LE MAL""J'm'en lave les mains /J'm'en lave le sang /Chacun sa joie /Toi, tu m'donnes le mal"

Morceau assez complexe, il est sur le fil du rasoir. Il a changé de physionomie trois ou quatre fois. Il nous faisait peur en studio parce que pas facile à produire.

Le studio est-ce que c'est un truc que vous maîtrisez ?

On ramène cela à quelque chose d'assez simple, on essaye de jouer le plus live possible en studio. Il y a quelques instruments additionnels, violon, accordéon, orgue, harmonica sur l'album, mais c'est vraiment pour avoir quelque chose de précis, dans un esprit particulier, pas pour avoir un gros son. Cela te fait plaisir quand quelqu'un joue en plus. En général, il se passe quelque chose, un espace supplémentaire s'ouvre.

"SI RIEN NE BOUGE" "Quand les amoureux / Se ramassent à la pelle / Toutes les feuilles mortes / Se marrent entre elles "

Alors là c'est un côté très très épuré, acoustique, il n'y a presque rien, un rythme très tribal mais en fond, sur lequel le chant et le texte sont posés. Je ne sais pas en parler ... (Bertrand) Il y a plein de choses dans "Si rien ne bouge" c'est à la fois une lettre, une confidence à quelqu'un mais il se passe énormément de choses sensibles et profondes avec de l'humour désabusé à l'intérieur de ce contexte là. On sent une influence française, des trucs que l'on aimait, Ferré, Brel, des choses comme cela.

" THE HOLY ECONOMIC WAR " ... " TOUT L'OR" "C'est tout l'or de nos vies / Ramène le moi"

Les deux au point de vue musical sont très proches ; au point de vue du texte, il y a un suivi sans qu'il y ait un message très cadré, c'est simplement dire que d'un côté il y a la Saint guerre économique qui est la plaie actuelle du monde moderne et de l'autre côté tout l'or, l'espèce de recherche d'un paradis perdu comme d'autres valeurs à retrouver dans le passé, à réinventer ; ça s'appelle " Tout l'or " parce que pour moi l'or ce n'est pas l'or. Je n'ai pas pu m'empêcher de faire un truc rigolo en même temps parce que c'est l'histoire de Jeanne d'Arc qui entend des voix. Ca te fais bien comprendre maintenant que tu n'as pas vraiment le choix. Tout le monde au diapason, d'abord les nations, et ensuite les individus des nations. Obligés de s'aligner sur cette espèce d'agressivité économique qui est l'enjeu absolu. La façon d'ordonner les choses actuellement c'est la façon économique. " Tout l'or " c'est la réponse, c'est une forme d'espoir, c'est une porte ouverte sur autre chose, sur des valeurs qui restent totalement à définir pour chacun. Des valeurs peut-être plus spirituelles, libertaires, mystiques et sauvages. " Tout l'or" a un côté un peu héroïque, un côté quête. C'est peut-être un peu gros mais c'est l'innocence qui est complètement bafouée.

" LA CHANSON DE LA MAIN ""Le poulpe indépendant court le long du comptoir /Avancez petits doigts"

(Bertrand) C'est un texte que j'ai écrit en bagnole ; ça fait un peu disjoncté ; c'est une chanson éthylique, la tequila y est peut-être pour quelque chose ! D'ailleurs c'est que j'était dans un tel état que ma main n'était absolument pas à moi. C'est la description d'un certain état. Par contre, on l'a enregistrée complètement clair, ça lui redonne une couleur, un habit ; ça ne peut être vécu que comme ça. Par rapport aux autres titres, il y a quelque chose de complètement relâché. Au moment de "La chanson de la main", quand tu écoutes l'album, tu te lèves, tu vas te servir un verre et puis voilà. C'est vraiment particulier sur la version de la maquette, on était cinq à chanter, mais c'était trop le bordel, on ne l'a pas refait sur le disque ... C'était vraiment amusant à faire, on s'est permis un truc qu'on avait jamais fait.

" PICTURES OF YOURSELF " " 'Cause you know / I'm so silly / Don't know what I'm living for "

C'est un drôle de morceau parce que le tempo est très rapide. Cela va très vite, c'est un titre plus métallique, l'idée est urbaine. C'est la course de quelqu'un, n'importe où dans le monde, en Occident. La course du miroir aux alouettes de quelqu'un qui est complètement largué, on ne nous apprend pas à nous recentrer sur l'intérieur, à rechercher une force en nous-mêmes, c'est l'explosion absolue des lumières. Les magasins sont pleins de choses, mais encore faut-il pouvoir se les payer. Dans l'histoire, on dit qu'il peut prendre ce qu'il veut, n'importe quoi dans les magasins, il ne sait même pas pourquoi il vit mais ... Il cherche des images de lui-même qui sont partout, mais sûrement pas en lui. C'est l'image de plein de gens, et maintenant, c'est la société de consommation.

" LES ORIFLAMMES " " Mais les sirènes ont des vœux lourds / Et nous aiment un peu moins sourds "

"Les oriflammes" c'est marrant. Il tranche dans l'album, c'est une drôle de samba ... C'était quelque chose que Noir Désir ne s'était jamais permis et n'avait jamais pensé se permettre. C'est un morceau qui a vachement changé entre l'idée de la compo et l'enregistrement, qui a beaucoup évolué, qui est devenu justement plus rythmique, plus "samba" et qui a perdu en sauvagerie. C'est ultra rythmique, ce qui, chez nous est inhabituel. Du coup pour le texte, ça donne tout une suite de tableaux avec un refrain plutôt surréaliste. C'est très difficile de faire un texte intime. La réalité est ultra dure et il faut trouver encore plus loin quelque chose à vivre. "Les oriflammes", c'est désabusé et, dans une certaine mesure, désespéré ; mais pas complètement car nous cherchons des solutions puisque nous cherchons à vivre quand même.

"ELLE VA OU ELLE VEUT" "Quand on l'approche enfin / Aussi près qu'on aille / On ne possède rien"

On a failli ne pas la mettre ... J'ai fait le texte au dernier moment pendant le mixage. (Bertrand) C'est un morceau uniquement "guitare-chant", avec une très belle ligne de guitare, des accords très touchants. Je voulais absolument l'écrire en français, mais c'était vraiment difficile de trouver quelque chose qui n'ait rien à voir avec les découpages variété / rock qui existent, trouver un autre ton. Le morceau explose seulement à la fin mais il n'y a presque rien. Tu ne peux pas te masquer derrière quoi que ce soit. Ton texte passe plein pot. Il est assez intime, avec un double sens.

C'est le dernier qui a été créé ?

Oui. A la fin, je ne sais pas très bien ce que je dis. C'est encore pire que "La chanson de la main", mais pour d'autres raisons.

En écoutant l'album, on a de suite pensé que les textes avaient été écrits en studio.

Pour certains oui, mais c'est quasiment moitié moitié. Pour certains, le studio commençait à se rapprocher quand ils ont été faits. L'explication est toute bête : les choses s'imbriquent et se construisent, c'est un peu comme une sculpture "Elle va où elle veut" et "Le zen et moi", c'est-à-dire les derniers, ont été faits après les autres, une fois que certaines choses avaient été posées.

Mais en lisant les textes à l'affilée on a l'impression que cela a été fait sur une période très courte.

Plus que jamais, ils ont été construits les uns en fonction des autres, de la place que laissent certains. "Elle va où elle veut" et "le zen et moi" existent entièrement de ce point de vue là, par ce qui a déjà été travaillé par le reste. Tu peux ainsi mettre les choses au point.

" LE ZEN ET MOI " " ça c'est la crise et la tristesse / Et puis l'angoisse et puis le stress "

A priori, c'est le morceau le plus carton, le plus keupon. Avec le côté gag, second degré. Pour Sergio, le défi c'était de ne pas jouer une seule note juste, c'est aussi un coup de pied aux guitaristes qui sont hyper renfermés dans des choses très limitées et très techniques mais qui nous ennuient épouvantablement ; ça peut te permettre des choses qui t'échappent complètement : suite à la pression, à tout ce qu'on peut dire, le gag fini par exploser. Apprendre le zen c'est aussi une solution. On a mis des castagnettes et une mandoline pour faire des additionnels. A la fin, quand ça casse on émet tous une incantation .

" THE CHAMELEON " " Now I' am your only friend / You must love the chamelon "

On avait envie de faire une reprise. Les Saints ont une influence de fond sur les groupes français, dont on a même pas idée. C'est énorme. C'est une référence commune à plein de gens. Je trouve que ça fait partie des trucs vraiment valables. Ce morceau sur notre album est vraiment bizarre par rapport à l'original. On l'a accéléré un peu. On l'a fait en live complet.

Il y aura bientôt un album live ?

Ce n'est pas si simple, même si on nous considère comme un groupe de scène. Il faudrait avoir une grande souplesse d'utilisation, faire beaucoup de concerts, pour pouvoir y piocher les meilleurs morceaux, prendre des moments privilégiés et les remixer. Dans un concert, tout joue : la circulation d'énergie, les images, le côté visuel. Une fois sorti du contexte, il manque trop de choses, ou bien elles paraissent décalées. Il faudrait pouvoir les retravailler. Dans les années 60/70, on ne touchait à presque rien sur les enregistrements live, et les gens acceptaient mieux les défauts techniques que maintenant. Il faudrait donc avoir les moyens de remixer, c'est-à-dire pouvoir gommer un moment complètement nul dans un morceau qui vaut le coup, rééquilibrer, etc. ...

" HOO DOO " " People say don't go over ther / If you don't want to / Stay far from the Hoo Doo"

C'est carrément une lubie, en deux prises, un morceau qui est venu comme ça. C'est une espèce de petite histoire dont je ne sais pas moi-même (Bertrand) comment elle finit.

Sinon, vous écrivez en général juste le nombre de chansons prévues ?

Il y a plein d'idées qui fusent et on procède par élimination. On avait d'abord envie de faire un album où il y ait le plus de morceaux possibles. Certaines idées étaient plus abouties que d'autres et ne sont pas sur l'album. On voulait un peu de temps pour voir ce que l'on avait envie de jouer, ce qui nous paraissait le plus approprié sur le moment.

Et avec le recul, vous en êtes contents ?

Ca dépend des jours. Evidemment, c'est vraiment le disque qui va avec ta psychologie les jours où elle un peu plus fluctuante. Il y a une image de marque Noir Désir, une reconnaissance au bout de trois albums. On ne peut pas confondre avec un autre groupe.

LAURE MALZIEU
FRED BOUCHER
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MessageSujet: Re: Article de presse Noirdesir.org   Lun 6 Déc - 12:52

Citation :
LYON (Transbordeur) - Avril 1991



AMBIANCE : SERGIO (tête dans le cul) BERTRAND (main bandée) NINI (chemise rouge) FRED (disparu)

Alors, cet album, "Du ciment sous les plaines" ?

Sergio : On a fait ce qu'on a envie quoi. Moi je crois que c'est le principal, faire ce qu'on a envie de faire et ceci dit on a mis pas mal de temps avant de retrouver un son qui correspondait à ce qu'on est maintenant, à tout ce qu'on a vécu jusqu'à présent, et qui font qu'on a fait cet album et que ce soit "nous".

Denis : De toute façon, je crois qu'au bout du compte il ne faut pas avoir peur de surprendre, il faut surtout avoir peur de ne pas surprendre. La mort c'est ça, c'est de ne pas surprendre.

Bertrand : A vrai dire on a ni cherché à surprendre absolument, ni à faire exactement la même chose. On a cherché à faire un disque qui correspondait à ce qu'on était à ce moment là ... D'ailleurs ça ne peut être que ça, normalement. Pour ce qui est des guitares qui sont plus saturées, ça correspond à un truc un peu plus dur, un peu plus cru, qui est dans l'esprit de tout l'album. Et donc en termes de guitares c'est souvent plus saturé.

Les doutes ... ?

Bertrand : C'est normal d'avoir des doutes, on prétend pas avoir fait l'album du siècle. Alors donc à partir de là tu dois douter, tu dois commencer déjà, sans te prendre la tête, à penser à la suite des événements, à penser aux erreurs que tu as pu faire, et .....( avec l'accent " girondins")...... à l'entraînement pour le prochain match !

O.K, parlons foot ! ... non ! Cet album, c'est une sorte de live en studio ?

Bertrand : Pas tout à fait, dans l'esprit c'est ça, dans la réalisation finalement on a un petit peu plus découpé. Les rythmiques, c'est-à-dire basse-batterie étaient enregistrées ensembles, mais ensuite on a quand même retravaillé tout un tas de trucs, plusieurs guitares. On a pris du temps pour les guitares, on a pris du temps pour les voix, etc.

Et la tournée ...

Bertrand : Quand tu commences à faire beaucoup de dates comme ça, parce que, je sais pas on en est à plus de trente depuis le début de la tournée, il y a des moments où tu perds un petit peu les morceaux, où tu perds un petit peu tout parce qu'il y a une escalade vers le haut ; tu es crevé ... Là on est revenu à un stade où on redécouvre les morceaux d'une autre manière. Ils sont transformés, ils sont pervertis par le live, complet, et ça devient encore autre chose. Maintenant on essaye de les reposer et de les refaire exploser avec leur force de base, ce qu'on peut perdre pendant les tournées, parce que t'es complètement barré, qu'on joue plus la même chose ... Mais, tout va bien !

Aujourd'hui comment est-ce que vous voyez "aux sombres héros de l'amer", avec le recul ?.

Bertrand : Ca dépend pour quoi ... C'est un bon souvenir en tant que morceau, y'a pas de problème, on l'avait fait, on l'aimait, et on l'aime toujours. On le joue plus sur scène, voilà, parce qu'on le massacrait ces derniers temps. Il y a plein de raisons, il y a d'autres morceaux à jouer donc on le joue pas en ce moment. Mais c'est un bon souvenir qui pouvait se transformer en cauchemar quand on nous a fait chier pour faire des 20h30 du style Foucault, et qu'on ne voulait pas faire, et qu'on ne voudra pas faire ! Qui étaient complètement inadaptés et qui nous rendaient malades parce que ce morceau devenait autre chose. La signification de ce morceau était complètement perdue, ça devenait une espèce de mélodie "comme ça", vue de très loin, qui occultait tout le reste du groupe, qui occultait les autres morceaux, les autres textes. Ce qu'on trimballe habituellement aussi, tout le reste. Les "Sombres héros" ne pouvait pas nous résumer. On avait l'impression que ça devenait trop important, ça occultait le reste. L'arbre qui cache la forêt ... Donc on l'a coupé. On l'a arrêté là où il devait s'arrêter, ça suffisait largement.

Denis : Tu parlais d'incertitude d'après album tout à l'heure, mais les incertitudes elles commencent là ... C'est le moment où tu vas laisser un truc sur une bande, le morceau il est gravé, t'y touches plus. Et là l'incertitude elle va commencer quand tu as éteint le magnéto.

Bertrand : A vrai dire elle commence même avant, elle commence quand tu écris les morceaux. Tu te rends compte? Déjà, tu poses quelque chose ... et chaque fois que tu poses quelque chose, y compris une pêche dans les chiottes, il faut te dire que tu laisses une trace ...(rires, sergio ouvre un oeil).... alors...ça...c'est terrible !

Sergio : Hé, c'est la vie ...

Denis : Tout le monde en est là, désolé mais bon !

Auto production ?

Bertrand : Ce qui s'est passé en fait c'est qu'on avait envie depuis un moment de faire une auto production, c'est-à-dire de tenir les rennes jusqu'au bout. Ceci dit on est pas du tout bloqué là-dessus. Je pense qui si on avait rencontré un directeur artistique pour lequel on ait craqué, ou qui ait craqué pour nous, quelqu'un avec qui le courant soit passé complètement, à cent pour cent, et de se dire voilà une expérience qui va nous pousser plus loin, on aurait probablement fait l'album avec lui. Mais ça s'est pas trouvé comme ça, donc on a saisi cette opportunité de le faire nous. On s'est pas mis à chercher des listes, ou à demander à la maison de disque de chercher des personnes. On avait pas vraiment une idée précise, on a pas rencontré de personne qui pouvait faire l'affaire, du coup on s'est complètement rabattu sur cette idée là ; ça a mûri et voilà ! Mais il n'y a pas de règle générale, on est pas devenu des adeptes forcenés de l'auto production. Il peut très bien y avoir des expériences qui te poussent ailleurs. Ce qui est important c'est d'avancer, de créer d'autres expériences, faut pas piétiner.

Le " Rock pur " ?

Bertrand : Il n'est pas question qu'on puisse se faire enfermer nulle part ! Parce que c'est la fin de tout se faire enfermer, c'est bien connu.

Sergio : Pourquoi il faut toujours avoir réponse à tout ? Tout le temps, tout le temps, tout le temps , avoir un avis, il y a des choses ....Non ! Moi c'est pareil, je me l'explique pas. Même si j'y pense, je me dis que je vais essayer d'être rationnel vraiment, non ! Je peux pas ! (rires Bertrand) Parce qu'il y a des choses qui sont impalpables, qui ne se disent pas avec des mots, je sais pas moi, ça me semble comme ça.

Bertrand : Je sais simplement qu'on peut trouver une certaine pureté dans certains groupes, on peut trouver cette force, cette urgence, dite du "rock pur" qui est indéfinissable et j'espère qu'on appartient un peu à cette race là. Mais ça ne suffit pas et ce n'est pas tout. Et de la même façon qu'on ne peut pas définir et enfermer quoi que ce soit, et nous on ne veut pas l'être, le "rock pur" ne doit pas se définir, pas s'enfermer, il doit être nourri d'influences diverses. Mais attention, pas n'importe quoi, pas pour faire de la soupe, au contraire, mais être nourri de l'extérieur ; ça ne vaut pas longtemps l'autarcie.

Votre relation forte avec la scène ...

Bertrand : Monter sur scène ça doit se faire comme se jeter à l'eau, ça ne peut pas se faire avec des demi-mesures, c'est pas possible. Donc il y a toujours un état d'urgence qui se crée naturellement, tu n'as pas besoin de te forcer. Il n'y a aucune habitude qui peut se créer là-dessus, la peur est toujours la même. Le désir de "bien faire", pour parler bêtement, est toujours là, le désir de passer à une étape "supérieure", c'est-à-dire sortir de ses gonds ; on est sur une autre planète. C'est très simple, ça n'a rien d'extraordinaire, c'est très simple mais c'est une autre planète en même temps. En répétition on est pas dans le même état non plus, on y pense mais ... tu peux pas, c'est les gens qui font ça aussi, l'électricité. On est pas tout seul, on ne vient pas jouer devant nos glaces. Mais il y a des jours où on ne doit pas réussir le coup parce que vouloir être en permanence en état d'urgence, ça veut dire que tu risque d'être tenté par la triche. Certains jours, ne pas avoir la force tout simplement physique, parce que tu es crevé, de bien rentrer dans cet état d'urgence, parce que c'est pas rationnel donc tu peux pas le calculer. Et il y a des jours où ça le fait pas, où tu as l'impression que tu es en train de tricher, et là en général il faut ... pffffftttttt ... petit retour sur soi-même pour essayer de retrouver des forces essentielles. Parce que c'est une grosse exigence de vouloir être toujours en état d'urgence.

Noir Désir n'a pas de rêve Américain ?

Bertrand : Si on a un rêve Américain, c'est que les États-Unis disparaissent ...(rires honteux). On n'a pas de rêve d'exportation, mais on espère bien jouer ailleurs et qu'il se passe des choses avec des publics de pays étrangers. On doit aller en Allemagne, on doit retourner en Italie. On ira peut-être aux États-Unis mais pas n'importe comment. Les seuls qui ont fait ça intelligemment, c'est les Thugs. Dans un circuit qui est tout petit mais au moins ça veut dire quelque chose. C'est très compliqué les États-Unis, tu demanderas à la Mano Negra ! Et puis autant il y a une mythologie, il y a une musique, tout est venu de là, y compris au niveau du blues ; ça nous a à la fois tout apporté et tout pris. On est vraiment exactement assis sur une faille, c'est pas confortable, ils nous apportent autant de débilités que de choses extraordinaires, de fond. Mais là où on en est en 1991, les États-Unis ... les États-Unis, il n'y a pas de quoi gober, il y a de quoi critiquer terriblement, surtout après ce qu'ils viennent de nous faire !

Noir Désir : "made in Bordeaux"

Bertrand : Etant donné qu'on tourne pas mal depuis des années, on a connu d'autres gens, d'autres villes, on est pas fermés sur Bordeaux. Bordeaux en plus a plein de défauts. Il y a aussi des choses bien, on a nos amis qui sont les mêmes depuis toujours et puis voilà ; ça fait que ça laisse une ligne de fond, on a des amis musiciens, des potes qui jouent dans des groupes qui ne sont pas forcement connus hors de Bordeaux. En cela on est un groupe de Bordeaux. Mais on est un petit peu à part aussi parce que, par exemple, fin mai cela fera presque deux ans et demi qu'on aura pas joué à Bordeaux. Mais par contre, notre vie c'est là aussi, tu vas au Jimmy, tu vas ailleurs ... Il y a des fois, qu'est-ce que j'en ai plein le cul de voir leurs tronches !

Denis : Il y a des jours où c'est dur !

Sergio : Non, moi je pense que c'est tout à fait humain. Et puis tant qu'on a des choses fortes en commun, des envies communes ...

Bertrand : Non moi je crois que c'est l'argent qui nous maintient ensemble ... (rires)

Denis : Comme je le dis souvent on a eu le malheur de faire construire une piscine que l'on a tous payé, et donc on ne peut pas se séparer ...

Bertrand : On est obligé de se baigner ensemble, c'est con !

Sergio : C'est lourd !

De "fils de ...", Noir Désir est devenu "Père de ..." . Le groupe Black Maria me disait en avoir marre qu'on leur colle l'étiquette " Noir Désir".

Bertrand : Probablement qu'il y a des affinités , mais bon c'est le syndrome de la presse. On leur a affublé ça et on leur laisse ça comme une chape de plomb, pfft, faut avoir du courage après pour s'en sortir. Nous aussi on nous a fait le coup. Avec de vraies influences, avec le Gun Club et il n'est absolument pas question de renier cette influence là. On a mis du temps à comprendre qu'en fait il n'y a rien à renier. On a aussi notre personnalité à nous, et eux, Black Maria c'est pas Noir Désir, c'est tout.

Sergio : Faut les laisser vivre, faut leur foutre la paix !

Denis : Pourquoi faut-il toujours que les critiques de rock arrivent avec une grande valise pleine de tampons ?

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MessageSujet: Re: Article de presse Noirdesir.org   Lun 6 Déc - 12:53

Citation :
L.O. 1992/ spécial amour/haine

AU BOUT DU MONDE



( Ici Bordeaux, aux abords d'un fleuve, le Café des Arts situé dans les dessous d'une ville en folie. )





Méphistorockès : Alors Fausty, pas trop fatigué ? Tu vas voir, le groupe dont il s'agit maintenant a certainement beaucoup de choses à te dire ! Fer de lance du rock français, les Noir Désir distribuent un rock lyrique, onirique, servi non seulement par des mélodies à la fois électriques et urbaines, mais enrobées aussi par une voix hors du commun. Car la voix de Bertrand Cantat, dont le charisme ne peut laisser indifférent, peut prendre des intonations tour à tour aggravantes, voire grandiloquentes et sauvages tels les hurlements à la lune de ses enfants-loups qui nous entourent. Toutes ses qualités, exacerbées sur scène, Noir Désir a su les dispenser à travers trois albums aussi efficaces et personnels les uns que les autres, en attendant le quatrième qu'ils peaufinent. La profondeur et la gravité de certains textes me font penser que je détiens toujours leurs âmes et ce depuis déjà fort longtemps ! Il va falloir que je songe à leur rendre, un de ces quatre ! Mais chut : les voilà !

Fausty : Avant toutes choses, comment définiriez-vous la haine ?

Bertrand, el Destichado du groupe : Ce n'est pas quelque chose de simple ! D'abord, on a pas la vraie haine tous les jours. On l'a vis-à-vis des gens qui sont incroyablement bouchés : des types avec qui tu ne peux pas discuter. Moi, j'ai toujours plus la haine du système que des gens ces derniers ne sont que des maillons de la chaîne. Quand je dis un système, ce n'est pas "le" système dont je parle, il s'agit de n'importe quoi qui devient un système, nous y compris ! Tu vois, on est un groupe, on est obligé de gérer notre truc et à force cela devient aussi un système. Et à ce moment-là, cela devient bizarre parce que le danger vient toujours de là !

Fausty ( à lui-même) : Ce Bertrand m'a l'air d'un écorché vif mais ne nous fions pas aux apparences ... (au groupe) Quelle est la chose ou la situation qui quotidiennement vous met hors de vous ?

Denis, le batteur prend la parole : La manière dont sont faites les informations télévisées : c'est du cinéma ! Les "journalistes" deviennent les héros d'un petit téléfilm diffusé tous les soirs à 20 h et où tout tourne, en fait, autour de leur personnalité. Qu'importe l'info, pourvu qu'elle soit spectaculaire.

A Serge, le guitariste tournoyant, de rajouter : Je déteste, de manière générale, les gens qui n'ont aucun respect pour les autres. Mais cela enveloppe tellement de choses. En tout cas, les personnes ne faisant preuve d'aucune humanité, ça me fout en l'air !

Bertrand : Non mais vraiment, c'est bourré de trucs qui sont dégoûtants tout au long de la journée ! Et nous, on vit dans un des secteurs les plus protégés dans le monde. Mais à partir du moment où tu veux bien considérer que tu ne vis pas tout seul dans ta petite protection, alors là, t'es forcément dégoûté par plein de choses. Mais le dégoût ça supposerait aussi baisser les bras face à tout ce qui se passe ! Alors bon, il ne faut pas se laisser abattre !

Méphystorockès : Quel est l'événement récent qui vous énerve ?

Bertrand : Les gens sont en train de faire les malins en ce moment, comme anciennement aux Etats Unis, parce qu'ils croient avoir détruit le communisme ainsi que tous les autres systèmes. Seulement on a fait qu'une partie du travail. Il en reste une autre, que je ne dirais pas forcément plus énorme parce que c'est vrai que le communisme a commis des aberrations, mais de l'autre côté aussi il y a énormément de choses à détruire ! Et on ne peut pas faire l'Europe avec l'idée de libéralisme et du commerce à tout prix. Il faut d'autres idées pour que ce soit différent. Je ne dis pas qu'il y en a aucune, mais elles sont peu dominantes. Il faut s'en référer d'avantage à la vie, mais ce n'est pas facile. C'est justement parce qu'il n'y a pas de solution miracle que c'est intéressant, alors qu'on essaie de nous faire croire qu'il y en a encore. C'est un système qui produit des exclus en permanence. Alors c'est bien, il y aura un nouveau Staline parce qu'on aura refait exactement les mêmes conneries !

Fausty : Il n'y a qu'à voir la Yougoslavie, on a une impression de déjà vu, non ?

Denis, dévisageant Méphystorockès, puis se retournant vers Fausty : Tu sais la Yougoslavie a un gros malheur : elle n'a pas de pétrole sur son territoire, sinon une force internationale se serait tout de suite interposée !

Bertrand : Tiens ! Rappelle-toi la guerre du Golfe, globalement la façon dont cela s'est passé, et le pourquoi ... il y a à redire sur toutes les lignes.

Denis : C'était une guerre pour le pétrole. Elle n'était absolument pas, et le terme est à hurler de rire, une guerre "chirurgicale". Ils ont pris les gens pour des cons. Et là encore, l'information s'est faite complice de l'horreur !

Bertrand : Ce qui est aussi révoltant, c'est que, du coup, on n'arrête pas d'entendre parler du charité business. C'est vachement vicieux ! Parce que finalement, en y regardant de plus près, ce qui peut se passer chez Foucault ou d'autres du même style, c'est une énorme façade. Parce que même si ils trouvent de l'argent ( et honnêtement on ne peut pas leur reprocher cette efficacité), ça ne vaudra jamais rien de faire de la tune et de la reverser à des gens si c'est fait sans dignité ! Ce dont on a besoin, c'est de la dignité !

Fausty : Justement on a énormément parlé de l'album "Urgence, 27 artistes contre le SIDA" ! Accepteriez-vous de participer à une telle entreprise ?

Bertrand : Ca dépend de qui et comment ça se fait, de quelle manière c'est médiatisé et de la dignité du sujet traité. Alors, la réponse toute simple serait : oui ! Ce qui compte d'abord, c'est de faire des choses valables, mais ce n'est pas la peine de les faire si cela n'est pas digne. En plus, tout cela empêche de penser aux problèmes du système. De le critiquer là où il devrait l'être. Parce qu'en ce moment, en fait, il n'y a pas de critiques de fond. On a l'impression que ça y est, on est au bout de la course et que tout est parfait ! Mais loin de là ! Il n'y a qu'à voir les contrastes qui sont toujours aussi grands aux U.S.A. Ici, c'est un petit peu différent ... c'est moins violent, c'est latent. Et puis vient se greffer là-dessus le problème dit "des pays du Sud", alors là ça devient un gag ! Mais ça ne va pas durer longtemps !

Denis : On pourrait aussi à croire en une bonne volonté si l'on aidait vraiment le tiers de la planète qui crève de faim ! Mais au lieu de cela, on stocke les marchandises dans de vastes entrepôts pendant cinq ans, et au bout du compte on les détruit !

Bertrand : De plus, le fossé augmente de jour en jour. Et nous, on fait partie des privilégiés et ça, il ne faut pas se le cacher ! Alors, il faut essayer de réfléchir un peu, histoire de ne pas être surpris par ce qu'il risque de se passer !

Fausty : Quelle est la chose (matérielle) qui vous agace ?

Bertrand : Du matériel, il y en a trop de toute façon. Mais c'est super ! La technique c'est génial !

Méphystorockès : Mais n'as-tu pas l'heureuse (...euh pardon !), l'impression que cette facilité technique est en train de produire une génération beaucoup plus fainéante que la précédente ?

Bertrand : Non, au contraire ! Elle paraît beaucoup moins fainéante que nous ! Cependant, le matériel a pris une place beaucoup trop importante dans notre civilisation !

Fausty (pensant aux années passées devant son Macintosh) : Cette course vers la technologie ne vous fait pas peur ?

Bertrand : Si ! Je crois que c'est Boris Vian qui disait : "comprends ton robinet sinon ton robinet devient fasciste". Il faut comprendre, et moi je ne comprends rien ! Même un robinet je ne sais pas comment ça marche (rires). Alors évidemment, je trouve ça fasciste. La machine prend le pas sur l'homme, mais de toute façon, c'est bien fait pour sa gueule parce que l'homme ne se supporte pas, alors autant supporter les machines. C'est quand même triste !

Fausty : Bon, changeons de sujet ! Quels sont les groupes que vous appréciez ?

Bertrand : Sans avoir besoin d'aller chercher à l'autre bout du monde, on aime les gens dont la musique nous explose et que nous connaissons personnellement. C'est le cas des Thugs, Road Runners, Dominic Sonic, Young gods, Kid Pharaon et des Mush. Sinon, parmi ceux que l'on a pas rencontré il y a les Fugazi et Henry Rollins.

Quand vous sentez-vous le plus désirable ?

Denis : Quand on ne s'y attend pas !


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MessageSujet: Re: Article de presse Noirdesir.org   Lun 6 Déc - 12:54

Citation :

Au-Dessus Du Volcan

Où s'arrêtera la Noir Dés'mania ? Leuralbum fait un carton (bientôt 300000 ventes), on se les arrache partout, le public enredemande. C'est un raz de marée. Mais ils continuent de faire de la résistance face aushowbiz glouton, portés par un public qui se reconnaît totalement dans leur attitude. Etils ne perdent pas une occasion d'affirmer leur différence, par exemple lorsque Bertranddresse un panégyrique surprenant de Léo Ferré: C'était un immense poète, et onavait failli le reprendre sur notre second album. Il n' était pas spécialement rock,mais comme le rock est bourré de trucs complètement cons, ça ne me dérange pas. Lesrockers étaient plus sensibles à Gainsbourg car il était plus facile d'accès.D'ailleurs, la mort de Gainsbourg a touché tout le monde, Ferré non, et ce n'est pas unhasard. Gare de Lyon, sept heures du mat'. Le temps de choper Dennis Morris, quiarrive de Londres, son attirail photographique, et hop, le TGV jusqu'à Genève. Lescompartiments sont presque vides : en cette fin juillet, les vacanciers ne se bousculentpas vers la Suisse. En trois heures de trajet, j'ai tout loisir d'apprécier la campagne,la montagne puis le calme propret de l'Helvétie, mais nous ne sommes pas là pour fairedu tourisme, amis lecteurs. Vingt homes en taxi pour rejoindre un hôtel coincé entreautoroute et lac de Lausanne, et là nous retrouvons les quatre Bordelais (comme lesMousquetaires, un de plus avec le manager) qui attaquent leur petit déjeuner. Toujoursaussi sympas quand ils se sentent en confiance, Bertrand, Sergio, Fred et Dénis sontarrivés la veille au soir spécialement pour le concert de Neil Young qui suscite lesdébats : pépère somnifère avec quelques beaux restes pour les uns, monstre sacré avecquelques travers pour les autres. Trop tard pour le soundcheck qui sera annulé (etremplacé par les réglages de l'équipe technique) au grand dam des organisateurs suissesférus de ponctualité (Même Neil Young a fait une balance, vous êtes sars que vousne voulez pas?). Les Noir Désir se contenteront d'une petite virée sur place pourreconnaître les lieux et se sustenter. Le décor du festival mêle, en un cocktailétonnamment réussi, professionnalisme (infrastructures techniques et encadrement sansfaille), convivialité (pas d'espace démesurément mégalo, une formule village avec demultiples boutiques et gargotes, des animations et trois scènes distinctes) etéchappées bucoliques (montagne, ruisseaux, ponts en bois et verdure). Huit mois aprèssa mise sur orbite Rock&Folk N0306), j'y retrouve le Noir Dés' Posse augrand complet : Marco, le manager, roi du fax, du téléphone portable et de la rigueursouriante, les technos efficaces, plus rapides que leur ombre pour flinguer un larsen oureplacer un micro, JeanPaul-rock'n'roll for ever, Sophie qui n'entend pas décrocher(même si son ventre s'arrondit) et dont la tignasse rousse et les chaussures vertes mefont concurrence, Carla, la petite fée du merchandising, toute fraîche et souriante,même quand on la vanne sur son ex-désir téléphoné (Aubert). Retour à l'hôtel,série d'interviews. ils ont fait confiance à l'organisation du festival poursélectionner les radios. Car, contrairement à une légende tenace, les Noir Dés' nefuient pas les médias. Mais ils refusent d'en devenir les esclaves et se ménagentparfois des pauses pour respirer. Sur la tournée, on a décidé à un momentd'arrêter les interviews : on sombrait dans la routine, on tombait toujours sur lesmêmes questions, on se répétait. De toute façon, Situes crevé, tu n'es plusintéressant, même Si tu tombes sur quelqu'un d'intéressant en face. Donc, il fautavoir le courage d'arrêter, quitte à passer pour un chieur. Pour expédier le tout plusvite, ils se partagent et le salon de l'hôtel devient le cadre d'un jeu de société :Sergio, Denis et Fred ont droit à l'irrésistible animateur de radio Lac, aussi rondqu'incisif, avant de scissionner pendant que Bertrand est soumis à l'étonnante interview100% sexe de Blaise Angel pour Radio Q (une émission régulière de la très officiel-leradio FM d'état, Couleurs 3). Lui qui se plaint de la monotonie de ce genre d'exercice,va être servi : Te masturbes-tu ? Quel est le rythme de tes rapports sexuels ? Es-tuhomo? Utilises-tu des préservatifs ?... Pour les petits curieux que vous êtes : oui,il se masturbe, oui, il faut se préserver même s'il l'oublie parfois, non, il n'est pashomo mais il n'a rien contre. Quant au rythme de ses ébats, il est aussi chaotique quecelui des tournées, n'en déplaise au mythe des groupies voraces et à la légende desrockers perpétuellement entre décibels et coïts). Ensuite, ils se prêtent volontiersà une première séance photos en plein air avec Dénis - en qui ils retrouvent avecintérêt l'ex-chanteur de Basement 5 (J'ai encore un disque à la maison). ilsrecommenceront le soir sur un petit chemin de campagne, avec projo improvisé (les pharesde leur van). Et comme ils sont de bonne composition, ils acceptent volontiers de parlerde ceTostaky Tour qui a électrisé nos contrées. Contrairement à nosprévisions, nous avons aligné une centaine de concerts. Notre logique nouspoignarde dans le dos, puisque nous avions exigé des salles à capacité moyenne qui nousont obligé à doubler certains concerts. A l'avenir, nous ne savons pas quelle sera notrestratégie : nous ne pouvons pas être aveugles et ignorer tous ceux qui sont restésdehors. Si on doit faire des grandes salles, il s'agira peut-être de mini festivals avecd'autres groupes. Mais nous ne savons pas ce qui peut se passer, la prochaine tournéen'est pas pour demain et n'aura peut-être jamais lieu... Les festivals dans lesquels nousjouons pour terminer correspondent à une autre dimension. C'est quitte ou double. Quandça marche vraiment bien, nous éprouvons d'autres sensations que dans les salles.L'électricité que dégage le public est démultipliée. Il est incroyable avec nous et,certains soirs, il nous relance. Nous, nous sommes rarement contents de nous... alorsheureusement qu'il est là ! Comme ils ne jouent qu a minuit, inutile de speeder. Repas facultatif et décontractéau restau. La serveuse, hardie représentante de l'ordre helvète, pète les plombs quandnous passons la commande : elle tient à l'agencement classique(entrée-puis-plat-principal), mais certains ne prennent qu'une entrée, d'autres un seulplat, sans oublier les adeptes de deux entrées. 22 heures GMT, retour à Nyon. Les NoirDés' sont excités comme des puces et on sent qu'ils ont envie de bouffer du lion.D'abord, un groupe qui se chauffe avec Motörhead ou Rage Against The Machine à fond lacaisse sur l'autoroute, ne saurait tricher sur sa crédibilité rock. Quand nous arrivons,le terrain est noir de monde (25 000 personnes) et Michel Jonasz achève triomphalementson triomphal show sur la grande scène qu'ils vont bientôt occuper (l'éclectisme duPaleo est à ce prix). Evidemment, on est bien loin des groupes qui assurent leurpremière partie. En tournée, par principe, on exige une première partie. Dans lamoitié des cas, les organisateurs choisissent, le reste du temps, nous amenons le groupeet nous lui assurons un cachet décent (5 000 F, nous sortons 3 000 F sur notre cachet etl'organisateur le reste), un temps de passage conséquent et les mêmes conditionstechniques que nous. Nous avons tenu à ce que ces groupes assurent une dizaine de datespour bénéficier déjà d'un embryon de tournée. Nous en avons sélectionnéquatre : Dirty Hands (Angers), City Kids (Le Havre), Shredded Hermines (Nevers) etBurning Heads (Orléans). Leurs démarches sont différentes mais nous les apprécionstous humainement et/ ou musicalement. Tout s'est bien passé nous avons eu de vraiesrencontres et le public a joué le jeu, sauf au début où il avait tendance à nousréclamer. Ces groupes avaient tous des problèmes avec les maisons de disques. Depuis,deux d'entre eux ont vu leur situation s'améliorer. Heureusement, car ces premièresparties étaient une façon de montrer aux médias et au business que nous ne sommes passeuls. Nous sommes fiers d'avoir agi ainsi, mais nous trouvons cette attitude normale etnous ne comprenons pas qu'elle ne soit pas systématique chez tous ceux qui ont lapossibilité de l'imposer. Minuit,l'heure du crime ? Non, l'Heure de Noir Désir ! Pour ce qui sera l'un des concerts lesplus étonnants qu'il m'ait été donné de voir (et j'en ai une bonne flopée au compteur!). Entre "La Rage" et "En Route Pour La Joie", la tension ne secalmera que rarement. En attendant une régulation technique (son de basse inapproprié,résonances, effets stéréo intempestifs), les premiers morceaux sonnent résolumentGarage, sales et impulsifs ("Here It Comes"). Bertrand se déchaîne d'entréede jeu, comme pour contredire mes remarques de l'après-midi sur son statisme lors de leursecond Olympia : J' étais figé à cause d'un article à la con, je n'étais pas bien,je n'avais pas envie de monter sur scène. J' avais bien chanté, mais tout le monde s'enfout je suis condamné à faire le fou. Remarque, Si je n'avais pas habitué le public àme voir sauter partout, il ne l'attendrait pas... En cours de tournée, tout évolue et lafatigue peut intervenir, alors on a droit à tous les cas de figures certains soirs,Sergio était figé à son tour, et il y a même eu un concert où Fred a levé le brasgauche ! Après ce départ survolté, il n'arrêtera pas, en l'air, à genoux, àdroite, à gauche, parvenant à habiter sans peine l'immense plateau : pas de problèmes,les Noir Dés' savent occuper une grande scène malgré leur attachement aux petitesstructures. Les rythmiques sont toujours aussi efficaces que simples, et Sergio fait desmerveilles avec sa rugissante guitare en liberté. Pourtant, on les sent perturbés par leson des retours et par quelques incidents. D'une manière incongrue, dans cet universclean et sage où pas un papier ne traîne (inimaginable en France !), et où même lespogoteurs se laissent délicatement la place pour respirer, quelques petits malinsprennent Bertrand pour cible et lui balancent des chaussures. Ça commence comme uneplaisanterie. Lui, il les renvoie d'un shoot magistral et ça manque se terminer en dramequand il en morfle une en pleine face et interrompt aussi sec le morceau en cours. Va-t-ilmettre les bouts ? Non, il repart de plus belle après une spéciale dédicace au connardde service, ne craignant pas de s'exposer à l'avant-scène. Il n'y aura pas de suite,mais le malaise est presque palpable. Ce qui n'est pas pour nous gêner, au contraire: lemalaise n'est-il pas l'une des composantes essentielles de l'univers du groupe ? Trèsinégal, le show évolue entre foirage et triomphe, entre psychodrame et tuerie noisy.Avec des retombées (délires parfois longuets, sifflets quand ils tardent à revenir pourles rappels) et des moments de bravoure à tomber le cul par terre : "SoberSong" poignant, "Tostaky" complètement sur le fil du rasoir, chavirant lafoule à la mi-temps, "La Chaleur" douche écossaise, "En Route Pour LaJoie" spasmodique et halluciné. Sans oublier les reprises refaçonnées avec brio"Long Time Man" reptilien et "I Want You" névrotique. Les morceauxont évolué, leurs climats ont pris de l'envergure et accentuent leur aspectobsessionnel, hypnotique. Ouverts à de multiples impros, les morceaux palpitent etdonnent une réjouissante Impression de musique en liberté, au prix de véritablesmoments de grâce. On a progressé sur cette tournée, ce qui prouve qu'on arrive àgérer un peu notre histoire musicale. L'interprétation, notamment celle des reprises,s'est étoffée ou simplifiée. Des angles ont été adoptés, certains aspects se sontlibérés, des breaks se sont créés par accident avant d'être systématisés. Quand çaréussit, c' est plus costaud, plus charpenté, plus en rapport avec des musiques qu'on atoujours aimées mais qui n'ont jamais été représentées dans ce qu'on faisait, parexemple les références black. Mais nul ne pourrait les soupçonner de la moindreconcession, et, quand il le faut, ils bastonnent comme de beaux diables. Loin de mettre del'eau dans leur vin, ils s'affirment de plus en plus rock et incisifs. En se durcissant,leur lyrisme est devenu une véritable machine de guerre. Au delà de leurs nombreux fans,ils prennent une bonne partie du public par surprise (après Jonasz, le choc est rude) etle laissent sonné, estomaqué. Pour NoirDés', cette tournée marathon aura permis de préserver l'équilibre interne, et leurbonne humeur en témoigne Il y a deux ans, quand la pression a monté, on n'a pascompris car on n'a pas eu le temps de comprendre. Cette fois, on s'y est préparépsychologiquement et ça nous a aidés. D'autant que nous avons maintenant des acquis avecnotre maison de disques et notre tourneur . ils nous connaissent et n'insistent plus quandon dit non. Nous imposons des limites et une éthique, et nous ne sommes pas les seulsdans ce cas. Quitte à passer pour des cons quand nous refusons des plans juteux. On nousdit : "Tu joues vingt minutes pour vingt briques, une brique la minute, le contextetu t' en fous, ou alors tu as trente briques, y'a Nescafé mais tu t' en fous." Bennon, on ne s'en fout pas. On ne peut pas échapper à la pub, on n'est pas naïfs, maistrop c'est trop. Si les hommessont plus équilibrés sur scène ils expriment de mieux en mieux cette fêlure, cemalaise, ce désespoir et cette rage qui restent à la base du rock véritable. Leurstratégie de la tension s'est affirmée pour être de plus en plus incisive et efficace.Laissant à d'autres le goût de la fiesta, eux s'abandonnent avec passion aux exorcismescinglants et frénétiques. Les gros concerts qui vont clôturer cette tournée mémorableet épique devraient être des plébiscites grandioses (quoique, avec eux, on ne soitjamais sûr de rien, et c'est pour ça qu'on les aime). D'ailleurs, rien ne les affole. Nicette expérience début septembre en banlieue toulousaine : A l'initiative de Zebdaet l'asso Vite Ecrit, on participe à une semaine d'activités diverses avec YvetteHorner, des rappers, la Mano, les Satellites. On jouera une fois pour que dalle, et onrestera quatre jours pour participer aux animations. Ni le rendez-vous géant de laFête de l'Huma qui va être marrant : certains aspects vont nous énerver, maison préférera jouer là que dans bien d'autres endroits. Ni leur programmation au Bold'Or, dans la foulée des choix heavy des années précédentes (Iron Maiden, Megadeth). Nousle faisons par curiosité, pour découvrir ce qu'est un public de motards en 93. Dans legroupe, seul Denis a une Harley, mais nous conservons des souvenirs des années 70 où lamoto était connectée avec la musique. Nous voulons vérifier Si c'est toujours le cas,et je crois que l'expérience va être marrante. D'ailleurs, nous amenons avec nous deuxgroupes qui dégagent bien. Inutile de jouer les étonnés : sans rentrer dans leurcréneau, les Noir Désir ont de quoi séduire les amateurs de hard. Ne sont-ils pas l'undes groupes plus purs et durs de l'hexagone? Le rendez-vous suisse m'a définitivementconvaincu : cette tournée les a rendus incontournables pour tous les amateurs de ragesonore.
H.M.
Rock & Folk N° 313, SEPTEMBRE 1993
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MessageSujet: Re: Article de presse Noirdesir.org   Lun 6 Déc - 12:55

Citation :
AINSI PARLAIT NOIR DESIR
Cinq ans. Cinq interviews. Entre rageet raison, prophétisme et chamanisme, paroles de groupe...

La première fois, c'était dans un petit hôtelde Montmartre, la seconde, à bord d'un bateau, la troisième,dans une camionnette qui roulait sur l'autoroute et la quatrième,sur la terrasse d'un hôtel suisse. Contrairement aux apparences,il ne s'agit pas de rendez-vous galants et furtifs mais d'interviewsconsistantes (une heure à chaque fois) de Noir Désirque j'ai réalisées ces cinq dernières années.A chaque fois, le groupe était au grand complet, sapéà la ville comme à la scène. Bertrand estde loin le plus loquace, mais Sergio et Denis ne se privent pasd'intervenir. Seul Fred, le plus effacé, se contente dequelques mots, pourtant il tient à suivre les débatset se laisse un peu aller lorsqu'il se sent en confiance. Ilsse contredisent parfois, sans laisser percer le moindre rapportconflictuel, et j'ai toujours été frappépar leur unité. Ainsi, en mars 89, quand je les rencontrepour la sortie de leur premier véritable album (" VeuillezRendre L'Ame ") et que j'astiquote Bertrand sur sestextes, dans lesquels j'ai épinglé quelques facilités,Sergio prend la parole illico : Je suis toujours excitécomme une puce lorsqu'il nous amène les textes. C' estun grand moment, je suis assez fan.Contrairement àcertaines apparences, ce sont desbons vivants et ils ne sont jamais les derniers pour s'amuser.En juillet 89, nous nous retrouvons à l'occasion d'unemini-croisière de presse juste avant leur concert aux Francofoliesplus détendus que la première fois (car, assez prudentset mesurés, ils ne sont pas du genre à vous tapersur l'épaule de prime abord), ils ironisent, déconnent...et Sergio et Bertrand se retrouvent à la mer ! Quand jeles accompagne de Poitiers à Tours pour le lancement duTostaky Tour dans de petites salles, leur sens de l'humour m'apparaîtencore plus clairement : ils aiment rire et faire la fêteet ne dressent aucune espèce de barrière entre euxet les autres.Notre rapport est de plus en plus direct après une phased'observation assez longue (car ils se méfient autant quemoi du copinage intempestif qui sévit dans le show-business),nous avons appris à nous connaître, à nousrespecter et à nous apprécier, humainement parlant.Mais surtout, comme j'en aurais la confirmation quelques moisplus tard, en juillet 93, juste avant l'un de leurs derniers concerts(pour le Paleo Festival, en Suisse), ils semblent enfin avoiratteint un point d'équilibre après la pause d'unan qui a failli leur être fatale. Leur désir de sepréserver engendrait par le passé une inquiétude,une tension qui pouvait confiner à la parano. Ils continuentà se poser des questions, mais plus sereinement. Les écorchésvifs sont quelque peu pacifiés. Nous pouvons ainsi reparlerde ma critique assassine du second album (" Du CimentSous Les Plaines ") et de sujets " brûlants "(leur " interruption ", les médiaset les journalistes) d'une manière détendue. Sansqu'ils ne perdent rien de leurs exigences et de leur honnêtetéje peux en témoigner, ils n'ont jamais esquivé dequestions, même les plus gênantes (tout comme, contrairementaux médisances, ils n'ont refusé des interviewsque lorsqu'ils n'étaient pas disponibles ou avaient l'impressionde n'avoir plus rien a dire). Et leurs réponsesétaient toujours placées sous le signe d'une rigueurde pensée assez inhabituelle chez les rockers français.D'ailleurs, j ai été étonné, en écoutantà nouveau mes cassettes d'interview, par l'impression decontinuité qu'elles dégagent. Elles témoignentde la cohérence de ce groupe qui a su rester fidèleà une démarche et une éthique. Pour preuve,en voici une sélection de morceaux choisis et inédits.COLLECTIF : Nous déclarons tout collectivementàla Sacem, même les textes que Bertrandécrit seul le partage financier est totalement égalitaire(mars 89)... Tout est collectif. On discute toujours poursavoir Si on accepte ou non un plan, et quand on n'est pas d'accord,on s'engueule (juillet 89)... En cas de désaccord,on discute beaucoup. On accepte plus qu'avant la critique a l'intérieurdu groupe (décembre 92).INTROSPECTION: On a le sang hyper chaud … On auraittendance à être trop méfiants, voire parano(juillet 89)... On n'est pas cyniques, juste ironiques...On a peur de se faire chier . rien n'est pire que les automatismes(décembre 92)... On est à la fois égoïsteset généreux on pense au public, mais aussi ànous et ànotre vie (juillet 93).MER: Elle est très importante pour notre inspirationmais, mis à part Fred, nous sommes des marins d'eau douce...ou de baignoire, et si on nous laissait la responsabilitéd'un bateau, il pourrait à tout moment aller s'échouer(juillet 89).RENCONTRES : Nous comptons un peu trop sur les rencontrescar nous avons très peur de sombrer dans la routine destournées. En même temps, tu ne peux pas faire lafiesta tous les soirs sans mourir prématurément(juillet 93).ETRANGER: Si on tourne toute l'année en France,on risque de péter les plombs... On aime jouer a 1'etrangerpour se balader et se faire peur il faut aller chercher le publicd'une autre manière et le conquérir (décembre92)... C'est comme une nouvelle naissance on s'est pris desvestes mais c'est toujours intense (juillet 93).PROMO : Nous assistons àune flambérnédiatique disproportionnée autour de nous, commetous ces artistes qui le savent et qui sont quand même complices.Nous ne voulons pas nous brûler . Tout est une questionde limites et de dosage car nous aimons que la promo colle ànotre réalité (juillet 89)... Lesventes de " Tostaky " ont dépasséles 250 000 exemplaires. Nous pourrions utiliser certains trucspour les relancer et enfoncer le marché des ménagères,mais nous ne tenons pas à faire n'importe quoi, et surtoutpas de la gonflette (juillet 93).TELE : Nous avons refusé des propositionspour des 20 h 30: ces émissions sont tellement inadaptéesànotre musique que nous ne pourrions pasnous y sentir bien dons notre peau. Nous devrions peut-êtrey aller pour faire du squat intelligent, mais nous avons troppeur d'y perdre des plumes (juillet 89).JOURNALISTES: Les journalistes ont aidés quandnous étions une nouveauté. Nous avons dû leurparaître branchés, mais après nous sommesdevenus un peu trop populaires pour eux, et le plaisir de la découvertes'est émoussé. Ils sont très " Oh,un nouveau jouet, un nouveau hochet! ". Mais nous nesommes pas des hochets!... Nous ne supportons ni le mépris,ni la méchanceté, ni le recours systématiqueà des références hermétiques (décembre92)... Notre premier grand article dans " Libé "',nous avons dû le lire dix fois pour le comprendre (mars89). Quand on enregistrait " Tostaky ",il était clair que nous éviterions de nous prendrela tête sur certains articles... mais nous n'y arrivonspas. C'est couillon, mais nous n'aimons pas avoir 1' impressiond'être mal compris. Nous essayons de nous en détacher,mais on ne peut se foutre de tout quand on est jugé(décembre92)... Lors du second concert à l'Olympia, j'étaiscomplètement figé à cause d'un article àla con que j'avais lu avant de monter sur scène (juillet93).RESISTANCE : On est prêts à bloquer notrecarrière pour résister au business. Beaucoup degroupes se laissent bouffer, mais c' est aussi de leur faute :certaines décisions ne sont pas faciles à prendre,il ne faut pus être complaisant. De toute façon,on ne peut obliger un groupe a jouer sous la menace d'unekalachnikov (juillet 89).POSITIONNEMENT : On brouille les pistes : on estsur une major et on est pourtant respectés par le circuitindé.TEXTES : Les textes sont indissociables de la musiqueet ne sont pas destinés à être mis a plat.Ils font parfois intervenir des clichés, mais font appela l'imaginaire, alors que les textes sont tellement pauvresen général dans le rock français ! Nous utilisonsl'anglais comme une facilité lorsque les morceaux se prêtentmal au français. . . Les paroles sont obligatoirement enretrait sur scène car nous privilégions l'identitémusicale. Mais toute notre recherche vise à conserver unemusique et un esprit complètement rock tout en s'attachantaux textes (mars 89).ROCK: Nous ne pratiquons pas le style de rock le plusabordable, mais nous ne faisons pus une musique pour initiés...Tous ceux qui ont voulu intellectualiser le rock se sont plantés...mais nous ne défendons pas pour autant un rock analphabète...Nous nous foutons des étiquettes, mais nous revendiquonsnotre vision subjective du rock quelque chose de débridé,rythmique, loin des gonds et de l'intellect. Dans ce qu'il a deplus remarquable, c'est une folie incontrôlable qu'on nepeut disséquer (mars 89).TRANSE : Nous cherchons la transe pour retrouverdes formes de communication ancestrales proches du chamanisme(mars 89).TOSTAKY : Ce titre a un coté fiesta et nousy allons toujours à fond. Il correspond a un momentde ralliement : quand nous avons des problèmes, nous arrivonsà nous recaler sur lui (juillet 93).FUTUR : Nous ne savons pas ce que nous ferons par lasuite. Si autant de gens veulent venir nous voir, il ne sera pasquestion d'en laisser la moitié dehors, et nous devronsfaire des grandes salles. Nous ne nous contenterons plus de simplesconcerts Noir Désir, mais carrément de mini festivalsqui auraient plus de gueule et permettraient de faire intervenird'autres groupes. Mais nous avons le temps d'y penser... et iln'y aura peut-être plus jamais de tourné? : ce genred'incertitude reste toujours vraie avec nous (juillet 93).LIVE : Nous ne nous sommes jamais vus sur scène,et nous ne cherchons pus plus à visionner une vidéoqu'à écouter une cassette de concert pour nous,un enregistrement public témoigne d'un manque de contrôleet constitue une véritable psychose. Je pense que c'estun instant volé qui n'a plus sa place en dehors du contexte...mais je peux regarder vingt fois de suite Brel chanter " CesGens-Là " et trouver ce moment toujours aussifort. Nous devons donc être bien loin de la perfection...Il nous faudrait au moins acquérir une certaine régularitéet parvenir a nous accepter (mars 89).Cinq ans plus tard, les Noir Désir sortent leur premierlive...
H.M. Rock & Folk, n°318, FEVRIER 1994
Photo : Claude Gassian
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MessageSujet: Re: Article de presse Noirdesir.org   Lun 6 Déc - 12:56

Citation :
NOIR DESIR
Dies Irae
Barclay

Dussent certains fondamentalistes dont la ... cause hard n'a que faire
en ces temps de mutations continuelles et d'interconnections réconfortantes
s'en trouver une nouvelle fois froissés, Noir Désir trouve aisément
place à la table du banquet familial. Tostaky avait posé les premiers
jalons de cette communion solennelle, Dies Irae vient faire office
de ... confirmation. Mieux encore, ce double live appelé à ponctuer
une effarante tournée 93 vient à point nommé pour rappeler aux grincheux
patentés que le riff en spirale de l'hymne Tostaky , plus redoutable
encore sur le vif, n'était pas autre chose chez les Aquitains que la
face émergée d'un iceberg... chauffé au fer blanc! Alors au diable les
parcages fallacieux! Quand des brûlots comme Here It Comes Slowly ou
Johnny Colère viennent jouer les danses de Saint-Guy sur les tweeters,
que les clins d'oeil à Nick Cave d'un Long Time Man ou aux Beatles
d'un I want You (She's So Heavy) ne tombent jamais dans les pièges du
déhanchement putassier, qu'un One Trip One Noise ou un En Route Pour
La Joie nous filent de furieuses envies de saisir le premier baluchon
venu, qu'un Ici Paris disqualifie d'emblée tou(te)s les infos-matins
du monde ou qu'une Alice vaut toutes les chaînes et les réactions
qui s'y rapportent, on ne craint plus d'avancer que les rives de la
Gironde n'ont nullement à rougir devant les berges marécageuses du
Puget Sound de Seattle. Et quitte à se la jouer désinvolte, autant
mêler le rouge de l'énergie bénévole au noir de nos désirs.



Xavier Bonnet Hard N'HEAVY n 1 Février 1994
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MessageSujet: Re: Article de presse Noirdesir.org   Lun 6 Déc - 12:56

Citation :

NOIR DESIR
Jour de colère

La tournée devait faire cinquante dates. C’était sûr.C’était fixé à l’avance. Cinquante dates et terminé. Avec finalement sixmois sur la route et cent-vingt-sept concerts, elle aura plus que doublé les objectifs dedépart. Tout cela parce que les Noir Désir sont des chieurs. Des empêcheurs de tournéeen rond justement. Au lieu de simplifier le travail à tout le monde, et à eux-mêmesd’abord, ils ont tenu à ne pas dépasser les trois mille personnes par salle. Aimposer des prix bas. Et donc ont été conduits à doubler, voire tripler les dates danscertaines villes, tant la demande était importante. Deux ans qu’ils n’avaientpas pris la route.

Et tout devait débuter par les petites salles, les clubs avec lebouche à oreille comme seul pub, "pour renvoyer l’ascenseur à ceux quinous ont soutenus dès le début ". Ce furent plus d’une douzainede dates entre deux cents cinquante et trois cents personnes où le groupe"rodera " le matériel de ce qui allait devenir "diesIrae ", le premier double live de son histoire. Nini, le batteur, est sans doute– avec Bertrand, le plus bavard du gang. Et tandis que les autre prennent l’airou pouponnent (Bertrand est retourné au Mexique, Fred sur son bateau, Serge vientd’être papa ), lui ne perd pas la main en jouant avec Edgard de l’Est, duomixte néo-réaliste bordelais, déjà présent sur l’album"Tostaky ".La scène se passe à Bordeaux, où Nini, sans domicile fixe(sic ) se remet des émotions fortes d’une tournée marathon et raconte comments’est fait le disque qui au bout de deux semaines, avait déjà atteint lesquatre-vingt-cinq mille exemplaires vendus. Sans promo. Avec juste une campagned’affichage en forme de clin d’œil (" Noir Désir en concert le27 janvier ", sur tous les murs du pays).
Nini (de son vrai nom Denis…) : avant de partir entournée, on a pris tous les disques, on a dressé une liste des chansons qui nousplaisaient, et on a joué en répétition. Tout enregistré aussi. Là dedans, on adégagé ce qui passait le mieux. Il y a eu un second écrémage durant la tournée despetits clubs où on enregistrait tous les soirs, où on réécoutait tout, et où ontriait encore. Mais l’idée du live est vieille parce que c’est vraiment làqu’on jette tout. On ne l’avait jamais fait par peur. Par frilosité. Et puispar manque de moyens, nous avons donc enregistré cinq concerts en multipistes, (les troisde la Cigale et les deux du Transbordeur à Lyon), et le reste en direct deux pistes,chaque soir. Et sur l’album, on trouve un mélange des deux, car plutôt que degarder une version pâle avec un son parfait, on a parfois préféré le jus de la scèneen deux pistes. " Lolita nie en bloc " fait partie de ces chansons quisont du direct live. C’était à Bordeaux, et ce n’est pas remixé." I want you " non plus. Ca c’était à Arles, avec Franz desYoung Gods à la seconde guitare. " Long time man " a étéenregistré à Concarneau, en sortie de console aussi. Du pirate si tu veux. Le reste aété pris à Paris et à Lyon, et mixé, avec juste une petite réparation de cymbale, etune retouche de guitare.

Durant ces six mois, vous avez tout vu. Du petit club breton aux scènedes grands festivals. C’était la douche écossaise ?
Nini : C’est difficile de tout retenir, oui. Parcequ’on est passé des petits clubs, comme le miraculeux Coatclan à Morlaix, dont lesmurs sont couverts de photos de gens qui passent là, et on se demande comment ils y sontarrivés, parce que c’est au milieu de nulle part, jusqu’aux cent millepersonnes de la Fête de l’Huma. Mais c’est vrai que pour la Bretagne, on a unfaible. Sinon, pour la première fois, on a visité les pays scandinaves : Suède,Norvège et Danemark. Et puis, il y a eu ce petit club de Hongrie, phonétiquement leTylochasa, où l’accueil a été extraordinaire, et où nous avons rencontré lesSubtle Plague de San Fransisco. On est devenu copains, et ils ont ouvert pour nous lelendemain. De ces endroits autour de deux cents personnes aux scènes de l’Huma oucelles des Eurockéennes de Belfort, il y a de la marge. Dans ces soirs-là, tu asl’impression de jouer face à la mer démontée. Je ne déteste pas les grandesscènes. Ca aussi, nous en avions très peur au départ, et c’est vrai qu’il nefaut pas faire que ça. Cela ne rime à rien. Mais pour nous, c’est un moyen dedécompresser. Puisque toute la tournée était complète, qu’on savait que partout,des gens allaient rester dehors ou se verraient proposer des billets au marché noirjusqu’à cinq cents francs. Car, cela s’est vu, faire des festivals noussoulageait. On savait qu’au moins là, tout le monde allait pouvoir nous voir. Etc’est quand même le but du jeu, au départ.

Il y a eu de la casse, sur cette tournée ?
Nini : Pas mal, oui. Déjà, les ampli Vox, c’est dela merde. Ils ne supportent pas transport. Et puis nous. Il m’est arrivé, un soir decolère, de pulvériser la batterie. Le lendemain, je n’était pas fier, parce quepar-dessus le marché, j’ai shooté dans un bloc de fer qui m’a explosé le grosorteil. C’était à Clermont-Ferrand et sans savoir pourquoi, Bertrand et moi, nousavons eu la même montée d’adrénaline. Des toms sont partis dans les premiers rangsde la foule, et sont revenus en miettes. C’était très con. Côté public, il y a euun nez et un bras cassés, mais dans d’autres concerts. Faut comprendre que lorsquec’est un gros qui fait du stage-diving, les gens dessous ne collaborent pasbeaucoup… Devine où se termine le plongeon, si tout le monde s’estécarté !

Comment vous organisez-vous pour la sécurité sur scènejustement ?
Nini : Localement, la sécu n’y a pas accès. Jean-Marc,le manager, demande toujours calme et correction. Et avec Antoine, il assure le" transit " des gens qui montent, en les invitant à redescendre assezvite. D’ailleurs, avec Bertrand, on avait instauré un truc qui a marché. Je luiavais dit : " Si quelqu’un t’énerve trop, t’empêche dechanter, ne te gêne pas. Tu me l’amènes, tu lui mets la tête dans la grossecaisse, ça va le guérir ! ". Il l’a fait. C’était à Bordeaux.Il y a la photo sur la pochette du disque. Le garçon a été fixé.

Vous aviez un titre pour le disque ?
Nini : Non, c’est Serge qui l’a trouvé par hasarden cherchant autre chose dans le dictionnaire. Il est tombé sur " Diesirae ", et a d’abord cru à un anagramme de Noir Désir. Quand il a vu ladéfinition : " jour de colère ", et " premiers motsde l’office des morts ", il nous l’a proposé, et ça nous a paru unetrès bonne idée. Parce que cette tournée a ressemblé assez à un jour de colèreaussi.

Vous êtes restés vous-même tout le temps ?
Nini : Justement. C’est pourquoi il faut qu’on sepose maintenant. Parce qu’à la fin, on avait une pression monstrueuse.L’impression de rentrer dans l’arène chaque soir, et ça tenait plus de laperformance sportive que du concert. A certains moments, le concert nous échappait et onpartait dans des trucs assez tarés. Ca donnait des choses" intéressantes ", mais on trouvait ça un peu dangereux pour nous.Dans les festivals, la sauce monte, monte, et à la fin, on était tous aux boissons desportifs type Decathlon. Un toubib qui est venu nous consulter vers la fin de la tournéeest resté tout un concert et nous a dit : c’est comme si vous faisiez un matchde foot chaque soir. Ca revenait à perdre trois kilos d’eau par concert et à lesreprendre après une bonne nuit de sommeil et un solide petit-déjeuner. L’organismeramasse , c’est net. Donc, une nouvelle fois, on s’arrête, etjusqu’en juin 1994, on ne fait plus rien. Après, on verra le moment venu.

Rock Sound, Mars 94
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MessageSujet: Re: Article de presse Noirdesir.org   Lun 6 Déc - 12:57

Citation :

Interview de Noir désir
paru dans Rock Sound Décembre 94
Oslo, Bergen, Trondheim en plein mois de Novembre, çaaurait pu ressembler à une punition. Pas pour Noir Désir. Toujours à la recherche duGraal sonique, le groupe de Bertrand Cantat met le cap au septentrion, s'impose uneascèse et cherche la réponse dans les eaux sombres des fjords. Impressions de tournée.
Glucides. Affamé. Giorgio, sans mot dire, tartinedepuis une bonne dizaine de minutes du fromage frais parfumé à la mandarine (!) tantôtsur des crackers, tantôt sur des chips. Sans trop se préoccuper du goût de l'ensemblecar il est tard et Giorgio a faim. Giorgio, c'est Giorgio Canali, l'ingénieur du son deNoir Désir. Blond, italien, un accent charmeur, Canali trompe l'angoisse del'avant-concert à l'aide de quelques glucides et d'une bière. Autour de lui, dans laloge, au quatrième étage d'un immeuble d'Oslo au rez-de-chaussée duquel se trouve uneancienne salle de cinéma reconvertie en salle de concert, le Sentrum, la famille Noir Dezs'affaire, blague, patiente, mange, boit et attend l'heure. Une vague tension estperceptible. Noir Désir et la Norvège, ce n'est pas encore une longue histoire, maisc'est en train de le devenir. C'est la deuxième fois que les Bordelais se risquent aupays des vikings et du saumon fumé. Et même si leur notoriété reste modeste, ils nesont plus tout à fait des inconnus. Jean-Marc Gouault, le manager du team Aquitain,explique volontiers que cette tournée de l'Europe du Nord est essentiellement destinéeà promouvoir le groupe et sa musique en Allemagne et que la Norvège est plutôt unpériple récréatif souhaité par les musiciens qui apprécient particulièrement laScandinavie. Néanmoins, la compilation sobrement intitulée "Noir Désir" (sansles accents) concoctée par le label allemand Metronome à partir des albums"Tostaky" et "Dies Irae" (contenant un inédit tout de même"Back to you" qui jadis avait ensoleillé le projet "Enragez-vous")est présente dans les bacs des disquaires norvégiens. Jean-Marc (Marco pour le groupe !)s'inquiète d'ailleurs que celle-ci ne soit pas trop massivement importée en France, legroupe la trouvant bien trop chère et pas franchement nécessaire.
Bertrand. Denis Barthe, batteur sympathique etenjoué, un vieux tee-shirt noir de Mush sur le dos fait le premier son entrée dans laloge. Poignées de mains franches et directes, regards roués mais accueillants. Bonnepioche : les trois jours avec Noir Désir seront à l'image de ce premier contact, vrais,généreux et francs du collier. Arrivent ensuite Fred Vidalenc, bassiste sec et noueuxresponsable avec Denis d'une bonne partie de ce groove gothique et grave qui a fait laréputation du groupe et Bertrand Cantat, figure de proue du navire, personnagemi-adolescent mi-gourou qui affiche une forme insolente après un mois et demi de tournéeautomnale. A l'image de son attitude en scène, Fred est discret, presque laconique et sice n'était son manifique tee-shirt rouge de A Subtle Plague (groupe qui rentre bientôtdans les studios des Noirdez pour le premier album que les Bordelais créé àl'occasion), dont le dos assure "Kalifornia must be punished", on l'oublieraitpresque. D'autant que Bertrand est là. Et Bertrand dans le privé comme sur scène faitle spectacle. Bertrand parle, s'enthousiasme, rit, plaisante, s’intéresse à tout età tous. Bouge sans cesse. Et l'on comprend en une fraction de seconde, le formidableattrait que ce grand type, taillé en triathlète exerce sur les foules féminines etmasculines. Cantat est vivant, redoutablement vivant. Une étonnante énergie virile,animale, quasi thermique émane de lui. Grand frère, amant, aventurier, beau gosse, amiexclusif porte-parole, témoin de son temps (il récuserait probablement tous les termes!), Cantat est un concentré de plusieurs personnages fantasmés, tous plusscientifiquement fascinants les uns que les autres. Quelque part, Cantat, c'est Kessel,Mac Orlan, Cendrars, Brel et Errol Flynn en un seul et même personnage, animé parl'envie d'en découdre, la rage au coeur et une Telecaster à la main.
Clara et les chics types. L'équipe autour dugroupe est unie et solidaire. Cela saute aux yeux. C'est même plus qu'une équipe, unefamille, si le terme n'est pas trop galvaudé. Une famille, un gang de cousins du mêmeâge plutôt qui se retrouveraient pendant les vacances à le campagne pour des viréeschampêtres et casse-cou, du lever au coucher du soleil. Genoux écorchés, épaulesfourbues mais saine fatigue, les mirettes pleines de souvenirs. JP et Dominique, lesbackliners attitrés, Antoine le régisseur, Clara, jeune et frêle responsable dumerchandising que tout le monde couve, plus quelques amis venus faire en Norvège, un boutde route avec le plus crédible des groupes de rock français. Ce soir à Oslo, NoirDésir joue en troisième partie de soirée après The Bucks, un groupe irlandais emmenépar Terry Woods, un ancien Pogues, et Ride, le groupe belle-gueule d'Oxford co-dirigédans un bel ensemble paranoïaque par un Andy Bell ridiculement lunetté et un MarkGardener totalement tête-à-claques. A l'origine, les Bordelais devaient assurer lepremier gig de cette soirée organisée en soutien au "oui" au référendum du28 novembre sur l'adhésion de la Norvège à la Communauté Européenne. Mais aprèstractations, Noir Désir a finalement obtenu la fin de soirée. Pas envie de servir lasoupe aux rosbifs ? Il doit y avoir un peu de ça.
Saloperies d'Anglais. Le Sentrum kino est unvieux cinéma à balcon, kitsch à souhait dont la déco capitonnée évoque selonl'humeur rock'n'rollienne le vieux canapé 60's de tante Janine ou l'ampli Vox, millésime63. Un endroit adéquat en tout cas pour une bonne soirée houblon/décibels. Comme ilfallait s'y attendre, la moitié des chevelus pro-britanniques qui constituaient lamajorité de l'assistance de ce mercredi soir a déserté les lieux lorsque Noir Désirentre en scène au environ de minuit pour son set de quarante minutes. L'air de rien,l'audience clairsemée et un peu froide déstabilise les français qui assènent pourtantsans un mot et avec conviction, "La rage", "Here it comes", "IciParis" et "Le fleuve". Le son est bon, moyennement fort, la prestationprofessionnelle avec un Bertrand en transe dès le deuxième titre. Le chiqué, lademi-mesure, Cantat ne la connait pas. Il joue simplement, tout entier à son sujet. Toutcomme Serge (Teyssot-Gay, le guitariste) le plus remarquable instumentiste-sauteur depuisJoe Strummer et peut-être Pete Towsend. Sergio est apparu, oeil mi-clos, barbe de deuxjours et cheveux en épis, trente minutes avant le concert. Un look de hushpuppie qui nelaisse en rien présager son extrême compétence à la six cordes et de la tension qu'ilinsuffle au groupe au groupe en scène. Bertrand entreprend le public en anglais et enfrançais. "Merci à ceux qui sont restés bien que nous ne soyons pas anglais!" ironise-t'il. Des sifflets montent de la salle et aussi un méchant "Ferme-laet joue !" dans un français impeccable. Gros à parier que pas mal de françaisd'Oslo ont fait le déplacement du Sentrum kino ce soir ! Bertrand se retourne brusquementet son Vox AC 30 émet un violent larsen. Il avise son ampli goguenard et lâche "Qu'est-ce-queje disais ! Saloperies d'anglais !" . Rires. "It spurts", "Sobersong", "The holy economic war", des filles du premier rang après avoirbrandi des slogans moitié français, moitié français bulgare du style"Ecoutes-moi, j'ai un désir, noir ou blanc, j'm'en fous, de te faire un bisou...blanc !!!" en direction du chanteur, les expédient sur scène pliés en quatre.Bertrand les remarque à peine. Démobilisé. La machine semble grippée tout-à-coup, lamusique se fait précipitée, heurtée, les Noir Dez ne sont pas à l'aise et ontraisonnablement envie d'en finir. Le coeur n'y est plus et les Bordelais marchent aucoeur, c'est patent. Cantat casse deux cordes sur le même morceau et ne songe même pasà changer de guitare, c'est un signe. "La chaleur" puis "Tostaky"(très attendu par le public, un hit est un hit ! Même en Norvège... ) viendront clorela prestation juste avant un rappel expéditif constitué de "Lolita nie enbloc" et de "I want you" chipée aux Beatles.
Cercle polaire. Retour dans la loge. Pas deprise de tête. Il y a des jours sans, c'est comme ça. Oslo 94 ne restera pas dans lesannales, peu importe, les Noir Dez ont en vu d'autres. L'atmosphère est mêmeétonnamment détendue après le show. Bertrand donne une interview délirante à unefille de radio Paris-Oslo dont le français appliqué a du mal a gérer les volte-faceshumoristiques mais sans méchanceté du chanteur. A Clara qui se plaint que la vente detee-shirts n'ait pas beaucoup connue beaucoup d'intérêt, Marco répond en riant qu'ellen'avait qu'à envoyer se faire foutre les connards qui lui demandait des tee-shirts deRide et que il y aura de quoi se rattraper sur les deux concerts suivants à Bergen etTrondheim. Marco raconte que les responsables locaux de Polygram lui ont même annoncéune foule importante à Trondheim dans quatre jours. Il se marre et ajoute "c'estparce qu'aucun groupe de rock n'est assez dingue pour aller à Trondheim à cetteépoque". Hilarité générale. Il est vrai que Trondheim n'est qu'à centcinquante kilomètres du cercle polaire...
Deux heures et demi du matin, Ride quitte sa loge. IdhaOvelius, gracile silhouette, précède comme de juste Andy Bell dans les escaliers,Gardener, lui, reste invisible. D'un groupe à l'autre, on se marmonne des "Bye"et des "See you" aussi sincères qu'un grand coup de latte dans lestibias. Tous les Dez rejoignent le tour bus pour une traversée nocturne et transversaled'est en ouest de la Norvège. Direction Bergen. Personne n'a vraiment sommeil et une foisson sac déposé dans sa couchette, chacun revient vers l'avant du bus, "lesalon", pour discuter un peu en mangeant un sandwich. Bertrand glisse le dernierdisque des Palace Brothers, puis celui de Deus, dans la platine laser du bord. Parfaitpour la conduite de nuit sauf en cas de déprime carabinée... Sergio se laisse aller àquelque confidences musicales, avoue réécouter encore et encore le "Remain inlight" des Talking Heads et note scrupuleusement le nom des Latin Playboys dontquelqu'un vient de lui conseiller l'achat. JP, plus pragmatique, est en train de réglerson compte au pot de Nutella. Quelques cigarettes et autant de Coca Cola plus tard, lafatigue prend le dessus et petit à petit tout le monde déserte le carré pour les brasde Morphée. Dodo.
Nutella. Terry est un vieil habitué destournées rock. Avec son immense bus, il a fait plusieurs fois le tour de la Norvègenotamment avec Roxette. Et rien que ça, ça force le respect... Terry est anglais, commeson bus. La quarantaine, des moustaches de Major, il a un beau jour décidé de laisserson job de routier pour celui plus peinard de conducteur de tour bus. Il faut dire qu'enune douzaine d'années derrière le volant de son bahut, Terry a tout vu, tout vécu etque les aventures du style "Cent mille dollars au soleil" au fin fond de l'AsieMineure ou de l'Afghanistan, il en a un peu soupé. La Norvège, même au mois de novembreet de nuit, à côté, c'est carrément le Club Med. Terry a conduit toute la nuit, deuxarrêts tout au plus pour pisser et boire un thé. Et à neuf heures du matin, l'animalest encore frais comme un gardon. Le "salon" est vide, tout le monde dortencore. Le jour n'est pas encore véritablement levé. La route, ou ce que nous endevinons est superbe, vallées encaissées, fjords, tunnels interminables, petitesbicoques de bois, rouges ou vertes, de l'herbe jusque sur les toits, dépaysement garanti.Terry ne traîne pas, Bergen est encore à 160kms et il n'a droit qu'à neuf heures deconduite d'affilée. Pas une de plus, la Police est impitoyable ici... Dominique émergeenfin et propose de faire du café, une proposition qui fait instantanément sortir JP etGiorgio de leur trous respectifs. Comme on dit dans ce cas-là, Giorgio n'est pas vraimentdu matin... Bourry, quoi. Il feuillette en grommelant les pages chroniques de Rock Soundet lâche "C'est quand on lit un magazine qu'on se rend compte le nombre de merdesqui sortent chaque mois !" Fin de l'analyse transalpine. Ca ira mieux après lecafé. JP qui a repris le siège méthodique du pot de Nutella entrepris la veille estplus loquace. Il insiste sur les liens qui l'unissent depuis longtemps à Noir Désir etl'on sent bien que ça dépasse largement le cadre d'un simple job. Quand il ne tourne pasavec les Bordelais, JP a un autre groupe/famille, les Thugs, sur lesquels il ne tarit pasd'éloges. Comment ne pas lui donner raison... Un autre Dominique Revert, un des patronsdes d'Alias, le tourneur des Dez, rejoint à son tour le carré et se plonge dans unelecture aussi assidue qu'inexplicable (pour un mec qui se réveille) d'un canard du styleCa m'intéresse. Quelque fois cependant, il saura s'extraire de sa passionnante lecturenotamment pour confirmer la présence de Blur en première partie de R.E.M. dans lesconcerts français en plein air de l'été prochain. Merci Dominique. Et puis Bertrandapparaît. Et croyez-le ou non, le bus s'anime instantanément !
"Mourir m'enrhume". Cantat siffle unCoke en guise de petit dèj', expédie le dernier Frank Black au fond du mange-disque etdéclare tout-à-trac son respect pour l'ancien Pixie. Et puis il s'assoit pour taillerune bavette sur "Dalva" le bouquin de Jim Harrison qu'il vient de lire et quil'a estomaqué. Cantat connaissait Fante mais pas Harrison. La discussion s'anime alorssur la nécessité de lire aussi James Crumley, Tom McGuane ou Richard Brautigan, autresfleurons de la littérature américaine contemporaine. "Je ne suis pas trèstourné vers l'Amérique en ce moment, plutôt vers l'Est..." admet le chanteuravec un sourire entendu. Comprenne qui pourra... Cantat préfère nettement insister surla grande qualité du bouquin d'Eric Chevillard, "Mourir m'enrhume" auxéditions de Minuit (1987 ndr) qu'il vient aussi de terminer et sur le fait qu'il vient dese remettre à la lecture des "Frères Karamazov". Là-dessus l'homme se lèveet file se préparer un thé qu'il sucrera abondamment à l'aide de miel puisé dans unseau de cinq kilos type Pâte Arma. "Ce n'est pas de ma faute, c'est une copine deVendée qui nous a offert ce miel juste avant la tournée" se justifie-t'il, dansun éclat de rire.
Puis la conversation reprend sur Pulp que Bertrand neconnaît pas et sur le Reading 94: "Il pleuvait comme d'habitude ?" .Puis enfin sur Therapy? que le chanteur avoue avoir un peu perdu de vue depuis l'album"Nurse" mais dont il semble penser le plus grand bien. Pendant ce temps,l’excellent album de dEus, "Worst case scenario" mâche menues lesenceintes du bus, pour la seconde fois.
Money for nothing. L’arrivée à Bergenvers midi a de quoi laisser perplexe le voyageur peu habitué aux tribulationsseptentrionales en automne. Nuages, brume, fine pluie perforante et surtout luminositéproche de celle obtenue en éclairant la grotte de Lascaux à la bougie. Les Norvégiensne semblent absolument pas gênés par ces journées rikiki qui commencent à dix heuresdu matin pour royalement se terminer vers seize heures. Les Norvégiens sont même unpeuple étonnamment affable et accueillant. Et on comprend tout à coup ce qui peut donnerl’envie à un groupe de rock de tourner ici en cette saison. Une bonne petite claqueaux idées reçues ne fait pas de mal de temps à autres... A peine descendu du bus pourrejoindre l’Hôtel Rica, Giorgio est déjà en proie à des soucis. Un petit malinmais vrai contrfacteur utilise indûment depuis quelque temps déjà son numéro de carteVisa pour règler ses achats dans des boutiques de luxe. Hier chez Vuitton à Zurich,aujourd’hui chez Hermès à Londres lui annonce sa banque sur le fax del’hôtel. De quoi devenir totalement parano. Giorgio lui, reste cool et assure que cequi l’emmerde le plus est que l’escroc ait à ce point des goûts de chiottes etde parvenu. Rires. Tout le monde se réfugie dans sa chambre pour un peu de repos (le bus,ce n’est quand même pas tout à fait ça !) et rendez-vous est pris dès quatorzeheures pour faire des photos du groupe sur le port avant que la nuit (!) ne tombe. Unescéance de pose sympathique émaillée de dégustations sauvages de saumon fumé et dequelques crises de fou-rire. Et surtout assortie de trois confirmations, celles de lagentillesse, de la politesse et de l’intégrité de quatre musiciens exemplaires.C’set dit, cochon qui s’en dédit, comme le proclamait le message loufoquelaissé hier sur un paperboard de la loge d’Oslo par un Girgio définitivementespiègle.
Saumon. Le shox de ce soir se déroule dans unclub du centre-ville à deux pas de l’hôtel, The Garage. Un pub à l’étage, unclub en sous-sol, bas de plafond, vaste et sombre, un grand déversoir à bière faisantface à une scène exigue mais propre à créer une osmose entre groupe et public. Quelquechose entre le Golf Drouot et le Marquee. Sur la fin de l’après-midi le groupe aeffectué sa balance, visiblement avec quelques difficultés si l’on en juge par lamine de Giorgio. L’absence d’ingénieur du son aux retours de son aux retours descène semble même être un vrai problème. Vers vingt heures trente, tout le monde seretrouve dans le restaurant de l’hôtel pour un dîner de poisson sous toutes sesformes, mousse, terrine, fûmé, bouilli, frit. C’est aussi ça la Norvège, unecivilisation entière bâtie autour du poiscaille. Pendant le repas, une conversation bonenfant, roule sur les sujets les plus divers. Bertrand n’est pas là, il s’estfait conduire chez un chiropracteur à cause d’un mal au dos douloureusementpersistant. Marco et Dominique de Alias piquent un fou-rire gratuit en se souvenant duconcert gratuit de Noir Désir que la Ville de Bordeaux voulait offrir à sesadministrateurs pour le 14 juillet, il y a deux ans et qui a failli tourner à la farce.Les services techniques de la ville refusant par exemple d’installer des loges et destoilettes pour les musiciens sous prétexte qu’ils étaient de Bordeaux ! Marco en aencore les larmes aux yeux lorsqu’il raconte cette galère et les quiproquosinvraissemblables qui l’émaillèrent. Mais il redevient tout à fait sèrieuxlorsqu’il évoque son refus catégorique et celui du groupe de voir les chansons deNoir Désir confiées à un type, vaguement DJ, qui voulait les remixer "dance"à destination du marché anglais. Et par là subir le même sort que l’infortunéquoique consentant Stephan Eicher. Le manager rappelle à ce propos la colère quil’avait étranglé lorsqu’il s’était aperçu qu’un réseau FMfrançais avait fait lui-même un montage de "Tostaky" parce que la chansonétait trop longue à diffuser telle quelle. On croit rêver.
Le Garage. Onze heures trente, le groupe est enscène. Et dès le premier titre, on devine que le concert de ce soir sera de grandetenue. Ce soir, après la petite déconvenue d’Oslo, le groupe a quelque chose àprouver à lui-même. Et après tout, n’est-ce-pas pour jouer dans des clubs, dansune formule presque rudimentaire, pour se prouver un truc, qu’ils sont venus ici, enNorvège ! Comme prévu, l’audience est froide et attentiste au début du show. Unréserve nordique que Bertrand et Sergio par une exploitation méthodique de chaquecentimètre carré de la scène et que tout le groupe par la production d’un soncompact et rentre-dedans feront tomber dès le troisième titre. Pas mal de spectateursprésents au Garage sont venus par le bouche-à-oreille et attirés par l’étiquettede "France’s best groove band" vantée par les affiches. D’autres sontvenus par fidélité, pour le bon souvenir laissé par les Bordelais lors de leurprécédente prestation à Bergen. Le concert, sensiblement plus long que celuid’Oslo permet au groupe d’installer durablement l’atmosphère si typiquedes prestations live de Noir Désir. Ce mélange détonnant et unique de grande messepaïenne, de laboratoire sonique, de sculpture sur bruit, de transe, d’instantsd’apesenteur d’une inouie finesse. "Alice", "Lesécorchés", "one trip one noise", "Marlène", "Long timeman", "What I need" viennent avec justesse compléter la play listed’Oslo dans des versions justes, graves, épurées. En un mot poétiques. En unultime rappel, les Dez reviendront devant ce public finalement conquis à la sueur et àla sincérité avec une reprise inattendue, "Comin’ out" des chersReplacements, qui signe avec élégance, intelligence et surtout une impéccable logiqueleur lettre de rock’n’roll. CQFD. Un fois la tension du concert évacuée, ilest temps de demander aux musiciens de bien vouloir dresser un bilan de ces deuxdernières années d’activité forcenée et de leur vision des choses. Bertrand etFred décapsulent leur bière, Denis s’assoit en tailleur et Sergio avale quelquespistaches. Ils sont prêts.

Quel a été votre désir aucommencement de cette tournée européenne ? Cela tient à quoi ? Une nécéssitécommerciale, un plaisir ?
Bertrand : On ne sera jamais guidé par unenécessité commerciale...

Cela peut faire partie d’unenécessité disons contractuelle...
Bertrand : Non, ce n’était pas quelque chosede prévu à l’avance. Il y a un moment quand tu dis oui, il vaut mieux tenir sonengagement, mais en tout étât de cause, ce n’est pas vraiment quelque chosequ’on a fixé depuis très longtemps. Et puis cela dépend des pays, tu vois, enAllemagne c’était un peu plus suivi par la maison de disques. C’est commeça...
Denis : c’est quelque chose de motivant pourchacun d’entre-nous. Cela change de la tournée française et cela permet de jouerdans des clubs, ce qu’on a du mal à faire chez nous. On commence toujours unetournée française par dix ou quinze clubs, ce sont des dates complètes, des dates quiamènent que la tournée soit complète aussi.Faire des salles combles, c’est super,évidemment, mais se trouver dans un endroit où le public ne te connaît pas, où lesgens ne jugent qu’avec leurs oreilles, il y a un petit peu une mise en danger. Biensûr, il nous arrive des trucs comme hier soir à Oslo où les gens sont venus pour Rideet puis se sont barrés pour moitié. Cette moitié, il faut qu’on se la mange. Ilfaut qu’on soit lucide. Là on se confronte à un public qui ne nous connaît pas. Ona l’habitude de se confronter à un public qui a dix ans d’histoires avec nous,on voulait casser la facilité...

Vous avez voulu retrouver des sensations perdues avecvotre notoriété en France...
Denis : Il y a des sensations qu’on a plus enFrance. Lorsqu’on fait des clubs, on est obligés de ne pas trop l’annoncer àl’avance. Une fois annoncé, c’est déja complet. C’est bien mais on jouedevannt un public conquis. Ca te booste, ça te provoque d’autres choses.Aujourd’hui c’est autrement bien que de se confronter à des gens qui neconnaissent pas le groupe. Ce sont comme deux gifles, pan ! pan !

Ce sont des gens qui ne connaissent pas la langue...
Denis : Ni le groupe, ni la langue. Il ne manqueplus qu’ils soient sourds et on y est ! C’est terrible en réalité !
Bertrand : En général, cesont de bonnes expériences mais, pour être tout a fait honnête, comme on ne joue pasvraiment de nouveaux morceaux, tu n’as pas le désir de venir faire ça avec desmorceaux que toi même tu découvres. Ici, on ne les découvre pas. Ici, on est en fin decourse de nos morceaux plus qu’en début. Avec les clubs, on a l’habitude,depuis un bon moment, de les faire en début de course. Donc, il y a peut-être un toutpetit peu moins d’intérêt.

Au fur et à mesure, plus le groupe a eu une démarcheartistique très cohérente, plus vos références musicales semblent s’êtrediluées. Est-ce une démarche conscient où cela s’est-il fait naturellement ?
Sergio : Les deux. Je ne sais pas vraiment...
Denis : Si c’est gommer ses références pourêtre plus nous, c’estparfais quoi. Si c’est gommer ses références pour perdreses racines... J ne pense pas que nos références soient nos racines.
Sergio : Tu vas fort quand même !
Denis : Je ne fais jamais de demi-mesures...
Quelles différences tu fais entre tes racines et tesréférences ?
Bertrand : Il y a les racines, elles sont...plutôt, elles étaient déjà multiples. Ca n’a jamais éété analysable parnous-mêmes déjà. A partir de là, intervient une vie naturelle, une vie quiparadoxalement forge les uns avec les autres.On se cherche et les choses évoluentnécessairement. Par exemple, si j’insiste sur ce point précis et cette tournée quise finit dans trois concerts, c’est qu’on ne jouera plus avec ces morceaux-là.La suite des événements, c’est que certains morceaux seront introduits dans unrépertoire. Il y a un besoin impératifs de notre part de faire autre chose, doncd’évoluer encore. Et là, peut-être que, mais j’en sais rien, des racines teparaîteront plus évidentes à toi à un moment donné. Tu pourras te dire, tiensçam’étonnerait fort que cela te rapelle vraiment quoii que ce soit, à vrai dire.

Mon sentiment, c’est qu’aujourd’hui, çarappelle plus du tout quoi que ce soit... Cette démarche en France me sembleexceptionnelle.
Bertrand : Peut-être elle l’est ne serait-ceque parce que les gens ne durent pas.Sergio : C’est vachement importantça.
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MessageSujet: Re: Article de presse Noirdesir.org   Lun 6 Déc - 12:58

Citation :

Interview de Noir Desir
paru dans Rock Sound Janvier 97
En seize longues années, Noir Desir a toujours fait sans fauter. Oupresque. A deux doigts de la rupture, qu'ils arrivent à repousser encore aujourd'hui, legroupe est paradoxalement en pleine forme. Alerte sur la scène d'Athanor, en décembredernier, on a officialisé nos retrouvailles. Options indés réaffirmées, place ausommet confortée, nos amis de Bordeaux comptent bien résister à l'usure du temps. Aveccomme unique boussole, une exigence de tous les mots, de tous les chiffres. Place au chantdes quantiques !

En lisant vos dernières interviews, vous présentez l'après"Tostaky" comme une suite d'événements plutôt déstabilisants pour le groupe.Le futur de Noir Desir est-il aujourd'hui si difficile à entrevoir ?
Serge Teyssot-Gay : D'abord, on n'a pas l'impression que ce fut un peuplus difficile que précédemment. En revanche, il faut bien dire que les morceau netombent pas du ciel comme ça. Disons qu'il faut chercher les bonnes idées au sein dugroupe pour que ces bonnes idées soient retenues.
Denis Barthe : Peut-être que cela a été un peu plus difficile àvivre. C'est sans doute par peur du passé. On était restés sur un disque live, unegrande tournée, et sur un "Tostaky" qui avait surpris par bien des facettes. Etpuis, nous étions un peu plus attendus au tournant, on s'attendait nous-mêmes autournant. Ce qui a changé beaucoup de choses...

Cette nouvelle pression était-elle saine à supporter ?
Bertrand Cantat :Qu'on se mette un peu la pression pour le faire ? Jeparlerai plutôt d'émulation. Et puis, la pression, c'est plutôt après qu'on l'a.
S.T-G. : C'est carrément nécessaire de l'entretenir. Une émulationnouvelle, saine et intéressante.
D.B. : Même pour repartir en arrière. Et, cette fois-ci, on a eul'impression de repartir de rien du tout !

Rien du tout, ça signifie qu'en changeant de bassiste, Noir Desir n'estplus vraiment le même groupe ?
B.C. : Mais bien sûr, oui. On avance avec nos accidents de parcours.L'arrivée de Jean-Paul ne s'est pas trop mal passé... et puis, ce n'est pas aussiimportant. Je sens que je vais me faire fusiller (rires). Non, en fait, on est très bienavec Jean-Paul! Sans dec', ça se passe bien et ça nous fait plaisir.

N’empêche qu'à un moment donné, ça a quand même mis le groupe endanger...
B.C. : Non, d'autres choses ont mis le groupe en danger. C'est pourça que je t'ai dit que cela n'avait pas été aussi important. Ce n'est pas la plusgrande menace qui a planée sur le groupe. En tout cas, pas en tant que telle, c'est liéà d'autres choses, oui. C'est assez inexplicable en fait.

Les autres choses que tu mentionnes sont-elles liées aux parcoursindividuels de chacun qui peuvent parfois s'éloigner du rock ?
B.C. : Non plus. En fin, oui, en fait. Evidemment mais pas de façonaussi stéréotypée- . Pas forcément parce que quelqu'un veut faire son truc ce soncôté. La menace, ce serait le malentendu qui peut se créer très très facilement quandles gens sont tout le temps les uns sur les autres.

Vos périodes sabbatiques sont là pour ça...
B.C. : Oui, c'est essentiel pour nous. Pendant ces périodes-là, legroupe n'existe pas. En tout cas, c'est comme s'il n'existait plus.

A quel moment se fait le déclic, et si le déclic Noir Desir ne revenaitpas ?
D.B. : On finit toujours par se retrouver et ça recommence au momentou l'un d'entre-nous propose des chansons. D'abord, on discute. Ce n'est qu'après qu'onjoue. On recommence à jouer, et ce n'est pas toujours très brillant. II faut d'abordsentir si on a encore des trucs à partager ensemble. C'est d'une certaine manière,réapprendre à jouer ensemble.
B.C. : Je peux avoir des idées de chansons avant, mais iln’empêche qu'on a nécessairement besoin d'en passer par là. Histoire d'être àpeu près en phase, quoi.

Vous ne risquez pas de vous sentir de plus en plus en déphasage à chaquefois que vous vous retrouvez ?
B.C. : On s'aperçoit que les choses ont changé puisqu'on se laissevivre d'autres choses. Ces expériences-là s'additionnent les unes aux autres et on peuxavoir un moment où l'on se cherche.

Le fait de mettre le groupe en danger est-elle une petite stratégie dedéfense ?
B.C. : Non, je n'aime pas le mot stratégie. Mais il semblerait que,par répétitions, cela le devienne. Mais pas comme quelque chose de pensé. Je veux direqu'on a plutôt toujours réagi en fonction de ce qu'on ressentait sur le moment.C'est-à-dire que tu en arrives à un moment où tu te sens fatigué, t'en a marre de telou tel truc, tu as besoin d'autre chose. Et bien, tu le fais. Tout simplement. Parfois, tuas besoin d'autre chose par contraste, tu as besoin d'oxygène, tu as besoin de nouvellesnourritures, tu as besoin de liberté. Tu as besoin de te reconstruire si tu es un peudétruit.

Jean-Paul, quelle différence ça fait d'être un membre de la familleNoir Desir ?
J-P . : Ca prend plus de temps ! Ca fait longtemps que je joue. Dansma vie, c'était déjà assez important, c'est devenu une de mes activités principales.J'en suis très content. J'était roadie, je suis désormais musicien dans Noir Désir. Ladifférence est que ça prend plus de temps sur des périodes plus longues... Je comprendsmaintenant mieux qu'on ait besoin d'oxygène, qu'on ait besoin de voir ailleurs ce qui sepasse. Je comprends mieux pourquoi le groupe a besoin de pauses. En ce moment, je suisNoir Désir vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et il ne peut pas y avoir que ça dansma vie. Ca ne me servirait à rien du tout

C'est tout de même assez rare de voir un roadie d'un groupe membre àpart entière du même groupe...
J-P. : C'est la première fois que ça m'arrive ! (rires)
D.B. : Remarque que le contraire est encore plus rare aussi. Tu voisle bassiste de Oasis devenir le roadie des Inspiral Carpets ! (rires)
J-P. : En fait, ce n'est pas parce que je savais accorder les guitaresde Noir Désir que je suis devenu le bassiste du groupe. Pas uniquement pour ça. En toutcas, les autres ne m'ont pas choisi pour ça.

En vous voyant l'autre jour en répétition à Trappes, j'ai ressenti quebeaucoup de choses étaient supportées par les épaules d'un chef d'orchestre qui seraitBertrand. Qu'en pensez-vous ?
B.C. : Ca dépend des moments. Je ne suis pas chef d'orchestre detoute façon. Les moments où il est le plus flagrant que je possède une oreillegénérale, c'est quand je construit les morceaux. Là, à cet instant là, je suis bienobligé de me mettre un peu à leur place. Après, Sergio a bien souvent ce rôle, Denisaussi parfois. Je ne suis pas chanteur pour moi, je n'écris pas pour moi mais pour ungroupe. A partir de là, il faut que je possède la conscience des morceaux. Je les écrisdéjà à la base, textes et musiques. Mais je ne suis pas chef-d’orchestre, le termen'est pas bon en l’occurrence. Je suis, en revanche, sensé avoir conscience de latotalité des choses.

Comment voyez-vous votre évolution musicale depuis "Tostaky" ?
B.C. : On fonctionne vraiment au coup par coup. On en est là, mais tupeux dire aussi ce qu'on n'a pas fait pour en arriver là. II y aurait pu y avoir d'autresdisques entre "Tostaky" et "666 667 Club". Comme plusieurs branchesqui poussent à l'arbre et qui, pour tout un tas de raisons, n'ont pas été retenues. et,si tu retrouves trois ans plus tard, c'est encore autre chose. Ces petites branches, quiavaient commencé à pousser, sont greffés dans le tronc et vont repousser plus loin pourredonner d'autres branches. Ce ne sera pas la même chose. C'est comme intégrer deschoses qui étaient auparavant occultées. Tout ça pour te dire que c'est impossible desavoir six mois à l'avance ce qui va nous nourrir.

Certains de vos albums ont fait avancer un peu plus la maison Noir Desir,qu'en pensez-vous ? "Tostaky" est-il allé un peu plus loin que le dernier album?
B.C. : Un peu plus loin dans un certain sens. Il était très simple,très très fluide (avec une pointe de nostalgie).
D.B. : Je pense qu'on est aller au bout d'un truc. Mêmeinconsciemment, faire un live après "Tostaky", c'était comme pour marquer lafin de quelque chose qui se terminait avec "Tostaky". La tournée qui a suivi cedisque a lancé un tourbillon, et je pense qu'on s'en serait pas sortis si on avait pasmarqué une longue coupure. Pour le dernier album, on est arrivés avec d'autres chosesdans nos poches et dans nos têtes. On n'avait pas du tout le même état d'esprit, pas dutout les mêmes sensations musicales. Avec tout ce qu'on a vécu de douloureux dansl'année précédente, le fait aussi de s'en être sortis -je dirais - avec les"honneurs", cela nous a encouragés.

Certain de vos textes sont explicitement politiques, en tout cas plusqu'avant. Le groupe entend-il désormais être un groupe plus inscrit dans la "vraievie", dans la réalité de son époque ?
B.C. : Oui certainement, mais comment peut-on faire autrement. On nepeut pas rester indifférents face à ce qui nous entoure sous prétexte d'être desimples artistes. Mais je ne pense pas que mes textes sont plus ancrés qu'avant sur lemonde, ils étaient peut-être plus ancrés sur mon monde et sur celui qui m'entouraitdirectement. Je ne parle que de ce que je vis mais je vois mieux de ce qui se passe àcoté.

Et en ce qui concerne le jugement fait à Toulon aux rappeurs de NTM ?
B.C. : C'est évident qu'on ne peut qu'être solidaire d'un groupe quiest attaqué de la sorte. C'est une affaire grave pour tous. Même si l'on ne partage pastout à fait les idées de NTM. On préfère celles d'Assassin. Ces derniers ont undiscours beaucoup plus cohérent, beaucoup plus d'aplomb. IIs ont une provocation qui a unsens.

Cela fait seize ans que vous faites de la musique, croyez-vous toujours enson pouvoir ?
B.C. : Oui plus que jamais. Alors, sur cet aspect des choses, il n'y apas de problèmes, on est partant, on croit toujours que la musique peut sauver des gens,les divertir, les informer. Faire que les gens se révèlent même quand ils écoutentNoir Desir. Notre musique est déjà révélatrice de ce que nous sommes, c'est en quelquesorte une psychanalyse permanente et en direct de ce que Noir Desir est à un momentdonné.

Avant de vous décider, débattez-vous toujours autant à l'intérieur dugroupe ?
B.C. : Curieusement oui. Et, en même temps, comme on se connaîtdepuis longtemps, il existe des automatismes qui font que les choses se décidentnaturellement sans vraiment se concerter. Aujourd'hui, on se pose autant de questionsqu'avant, mais on n'a pas la nostalgie des premiers jours, où tout était en chantier, enfriche.

Estimez-vous être passée à l’âge adulte en faisant du rock uneactivité professionnelle ?
B.C. : Je ne sais pas vraiment ce que c'est que l'âge adulte. Nousavons vieilli et passé avec le rock à l'âge où l'on est un peu plus sages. On est pluscyniques par rapport aux choses du rock désormais. C'est peut-être prendre conscience del'âge adulte... Ca change quelques perspectives, et ça permet de relativiser le succèsque l'on peut rencontrer en écrivant des chansons. On ne passe pas notre temps à pensercomment Noir Desir sera perçu dans cinq, dix ou quinze ans. On s'en fout de ça.Vraiment.D'ailleurs, nos périodes sabbatiques sont là pour nous faire penser qu'on a nos vie àvivre... Quant au groupe, il y a toujours l'album à préparer, celui qu'on a dans nostêtes. Comme un disque à sortir ou à ne pas sortir. Noir Desir est un groupe qui peutréellement s'arrêter du jour au lendemain, d'un commun accord de ses quatre membres etsans préavis pour les gens qui l'entourent.

Enregistrez-vous alors une suite à "666 667 Club" ?
B.C. : On ne sait pas aujourd'hui. C'est possible. Si on est toujoursen route pour la joie, alors oui, il y aura d'autres chansons à écrire !

blind test

1.Palace Music - "Stablemate"
B.C. : C'est Palace (au bout de dix secondes). On adore ça.
S.T-G. : Ce qu'ils font est très personnel avec cette fine touche depiano qui intervient souvent dans les compos avec un travail sur les harmoniesincroyablement bien agencées. Ils font une musique moderne et portante. A aucun momentc'est rétro comme on peut parfois l'entendre à leur sujet.
B.C. : Je trouve que c'est bien en phase avec l'époque, avec une partiede l'époque en tout cas. Une belle chanson, une bonne ambiance, un bon esprit, c'est lepied.

2.Pearl Jam - "Who are you"
B.C. : (au bout de deux minutes infructueuses, je leur dévoile lenom) On n'aime pas trop ça a priori. Mais, tu vois, cette chanson m'a l'air belle. C'esttoujours intéressant de mélanger d'autres sonorités au rock. Et tu vois, je ne pensaispas qu'un jour Nusrat Fateh Ali Khan me ferait découvrir Pearl Jam !
D. : C'est Pearl Jam ça. J'en crois pas mes oreilles ! C'est bien.

3.Gun Club - "Sex Beat"
S.T-G. : Ah oui d'accord, c'est le Gun Club (reconnu en trois secondesà peine).
J-P. : C'est le Gun Club ou Jeffrey Lee Pierce tout seul ?
S.T-G. : C'est le Gun Club, un morceau de leur premier album, en 1981 ! Jeconfonds parfois ce morceau avec du Pere Ubu.
D. : Ca a été réédité en mini CD, "Sex Beat".
B.C. : Avant, on nous emmerdait tout le temps avec le Gun Club auquel nousétions comparés immanquablement. C'est vrai que c'était un truc qui revenait sanscesse. Ce morceau m'a marqué. Gun Club faisait partie de la seconde salve de groupe quinous ont fait aimé le rock.
S.T-G. : Ce qui est marrant dans l'histoire, c'est que ce sont lesjournalistes qui m'ont fait découvrir le Gun Club ! Je leur disais que nous n'étions pascomme eux mais au fond de moi-même qu'il fallait absolument que j'écoute ce fameuxgroupe américain ! (rires)
B.C.: Sergio, par exemple, ne les connaissait pas.

4.Beck - "Devil's haircut"
S.T-G. : (en une seconde) Putain, ça c'est Beck !
J-P. : T'as vu le son ! Juste avec ce petit walkman ! (je leur annoncequ'il s'agit d'une version remixée par un des deux frères Gallagher de Oasis)
S.T-G. : Ah ouais ! J'en ai entendu parler. Mais je préfère la versionoriginale, plus bricolo.
B.C. : Je comprends mieux. Le mix des guitares est vachement forcé... (jeleur demande ce qu'ils pensent des remixes en générale, puisqu'ils n'en font pas) Nous,on n'a pas eu l'occasion de faire remixer nos morceau par quelqu'un d'extérieur augroupe. On n'est pas vraiment contre d'ailleurs mais on ne l'a pas encore fait car on seméfie des producteurs qui dénaturent grossièrement les morceaux. Tant de morceauxperdent vraiment leur personalité dans les remixes...
S.T-G. : La remixe est une facilité commerciale quand même. C'est pourfaire rentrer les morceaux en club ou en radio. Nos chansons ne s'y prêtent pas toujours.Cela dit, on n'a pas peur du cinquième membre à partir du moment où l'on a donné laresponsabilité d'un morceau au remixeur.
B.C. : Je considère la remixe comme une variante du morceau. Ce n'estjamais le morceau. Les remixes ne sont pas essentielles. Remixer, ça veut bien dire ceque ça veut dire.

5. Girls against Boys - "Disco 666"
B.C. : (en deux secondes à peine et avec une mine radieuse) Ca c'est"Disco 666" des Girls vs Boys ! Il est super ce morceau, ce riff de guitares estgénial ! (je leur explique que ce morceau est interdit d'antenne dans certaines radiosaméricaines qui voient là une évocation satanique évidente !) Censuré aux Etats-Unis! Ca n'a rien d'étonnant. On se connaît mais, jusqu'ici, nous n'avons jamais ensemble.On va le faire très prochainement. Cet album aurait pu être travaillé différemment surune major, mais ils l'ont vraiment fait sans se soucier du label sur lequel ce disquesortait alors qu'ils savaient que ce serait le dernier sur une petite maison indé, ayantsigné sur Geffen. Cest une belle attitude. Surtout que le prochain disque seracertainement très différent.

6. Cat Power - "Nude as the news"
B.C. :Sonic Youth, non ?
S.T-G. : Garbage peut-être ?
D. : C'est entre les deux, alors !
B.C. : Un inédit de Sonic Youth, même pour eux ! (rires)
S.T-G. : Je connais ce truc, j'aime bien cette voix. Ah oui, je vois,c'est Cat Power. Un joli nom de groupe d'ailleurs. Un beau titre.
D. : Putain, j'ai encore rien trouvé ! (les autres se marrent)Décidemment, je ne suis pas fort à ce jeu là.
B.C. : C'est marrant que tu ais dit Denis que c'était entre Sonic Youthet Garbage, parce que c'est vraiment ça. Il y a beaucoup de personalité ici, mais il y abeaucoup de nouvelles chanteuses dans le même registre. Vachement plus qu'avant, putain !Les filles ne se cantonnent plus au rôle de bassiste comme c'était le cas, il y a quinzeans.
7. Eels - "Novocaïne for the soul"
S.T-G. : Ca c'est Eels. Superbe.
B.C; : J'aime spécialement ce morceau. Je ne suis pas entièrementconvaincu par tout le disque. Il n’y a rien qui ne soit aussi fort que ce single. Ilarrive parfois que ce soit vrai... La mélodie est très accrocheuse, très pop. On sentque la chanson a été étudiée pour faire un tube, une chanson de toute façon vachementmarquante, pop au sens où ils vont toucher large et pop au sens de la mélodie et de sonutilisation par l’arrangement.
S.T-G. : C’est très réussi ici. Un petit bijou mélodique à tousles niveaux. Même avec la qualité médiocre du walkman, on s’aperçoit que tout aété travaillé avec minutie.
J-P. : En plus, c’est le premier disque qui sort sur le nouveau labelmonté par Steven Spielberg, Dreamworks.
B.C. : Evidemment, il s’agit d’un label qui a d’entrée unecertaine puissance. (rires)
D. : C’est les communistes qui sortent ce disques? (les riresredoublent)

8. dEUS - "Little arithmetics"
S.T-G. : Oh oui, c’est dEUS (trouvé en quinze secondes).
B.C. : Tu vois, c’est un peu ce qu’on était entrain de dire surla pop. Des fois, ils sont très libres et n’en ont rien à foutre d’êtreforcément mélodiques. Ils sont très libres d’esprit. Que ça s’appelle pop ourock machin bidule, ils se foutent des étiquettes.
S.T-G. : C’est le même rapport avec la musique que Beck par exemple.Ils ont tous deux digéré et revisité plein de style musicaux différents enpersonnalisant une forme d’art bien à eux. Jusqu’au chant. Chez dEUS,c’est dans des tas de registres différents. C’est fort et ouvert.
B.C. : Le chant, chez eux, c’est déjà de la musique. On va joueravec eux une dizaine de dates en janvier, comme avec les Girls avec qui on tourneraaprès. Récemment, on les a vu à Paris. C’était très bien.
9. Oasis - "Wonderwall"
B.C. : C’est une rythmique qui nous ramène à "Bonny &Clide" ! (rire gébéral quand tout le monde reconnaît l’erreurd’aiguillage!) Ah oui, ok, mais je ne les connais pas encore (sur un ton blagueur).Oasis, c’est un résumé de plein de choses. Le problème avec eux, c’estqu’on ne peut résister tout à fait à certaines de leurs compositions. C’estterriblement efficace et simple à la fois. Et sortir des singles comme ça, ce n’estpas si simple. On dit toujours que c’est facile quand c’est évidentmélodiquement. Mais, c’est faux de dire que c’est facile de composer desmorceaux aussi simples que celui-ci. En revanche, les paroles sont vraiment cocasses. Ildit vraiment n’importe quoi dans "Wonderwall". Cette chanson ne te prendpas parce que c’est quelque part habité ou parce que les paroles ont un sens, unfond. Elle te bluffe par la mélodie, par le son. La première fois que je suis tombé surune chanson d’Oasis, c’était "Supersonic" qui est incroyable.J’étais à la renverse. Depuis, j’ai vu leur tronche et je ne peux pasm’empêcher d’y penser en les écoutant.

10. Nada Surf - "Popular"
S.T-G. : Je ne connais pas ça.
B.C. : Moi, je connais, c’est...
J-P. : Nada Surf (au bout d’une bonne minute)
S.T-G. : Putain que c’est efficace avec ces moments calmes et cesmoments déchaînés.
B.C. : Je ne pense pas que l’efficacité soit à tout prix une desprincipales qualités d’un morceau. La principale qualité est la sensibilité, laforce qui peut être mise dans la chanson. Et puis, l’efficacité est une valeurdifficile à mesurer. Je pense que dans le monde du rock, tout le monde veut faire quelquechose de fort, mais certains vont pas forcément chercher à être populaire.

11. The Presidents of the USA - "Ca plane pour moi"
J-P. : "Ca plane pour moi" (rire général)
S.T-G. : Oui, bon, qu’est-ce-qu’on fait maintenant, on val’écouter jusqu’au bout ? (le morceau fait à peine trois minutes) J’ai vule groupe à la télé qui disait que c’était une vaste rigolade qu’ilsaimaient reprendre sur scène, spécialement en Europe où le titre est populaire dans saversion originale. Même les Sonic Youth en ont fait une reprise §
B.C. : Ouais, quand même, cette reprise, c’est un peu aux premiersqui n’y pensent pas ! Cela dit, ce sont les premiers mots en français quej’entends dans ce blind test... et, ironie du sort, c’est un groupe américainqui reprend "Ca plane pour moi" ! Ce morceau, ça a été le premier produitpunk. Le truc vraiment français manufacturé punk par des gens qui s’occupaientplutôt de la variété française. Le truc vraiment produit. Tu vois le mélange,français-belge en plus !

12. Jeff Buckley - "Eternal life"
S.T-G. : (deux minutes plus tard) putain ce riff de hard !
B.C. : Ca c’est Jeff Buckley. J’allais dire que j’aime biencomment il chante, c’est ce qui distingue le morceau. Ca commence par un de ces trucsles plus anodins du rock qui soit avec ce riff grossier, mais c’est par la voix quele morceau monte en puissance.

13. Sloy
B.C. : (en un éclair de seconde) Ah, enfin un truc français dans tonblind test. Tiens, je crois qu’on les aurait retrouvé parmi des milliers. Cequ’ils font est super.D. : Blind test, c’est bizarre cette expression, ça se traduit comment enfrançais ?
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MessageSujet: Re: Article de presse Noirdesir.org   Lun 6 Déc - 12:58

Citation :

NOIR DESIR
Un petit passage en studio, et ça repart…
Noir Désir increvable, six albums et 15 ans d’âge ! AprèsTostaky et Dies Irae, les Noir Désir s’étaient retirés pendant deux ans d’uneactualité qu’ils sont loin de rechercher. Le temps de s’investir dansd’autres projets : Denis Barthe avec le groupe Edgard De L’Est, SergeTeyssot-Gay pour un album solo, Bertrand Cantat pour un repos longue durée. Leur retour acoïncidé avec le départ du bassiste Frédéric Vidalenc, remplacé par un roadie demétier : Jean-Paul Roy. Leur dernier album, 666 667 Club, a été enregistré cetété. L’ultime opus est mordant, dense, les guitares omniprésentes." Noir Dèsss " apparaît lié par une sacro-sainte maximed’égalité. Pas de leader. Quand on interroge un Noir Désir, ce sont les troisautres qui répondent ! Alors, si Un Jour En France, vous les croisez,n’hésitez pas.

Noir Désir est aujourd’hui très populaire. On sait que ce sontla durée et la popularité qui sont le plus difficilement supportées par un groupe.Comment les relations humaines évoluent-elles entre vous ?
Denis : C’est vrai que tout ça nous paraît un peu pluscompliqué qu’avant. C’est aussi parce que nous nous sommesarrêtés longtemps. J’ai eu peur que nos relations soient dénaturées, que lamachine autour de Noir Désir s’emballe plus vite que nous. Heureusement, on restevigilants !
Bertrand : On est vigilants, mais sinos rapports évoluent, ce n’est pas dû à notre succès. On se connaît depuistrès longtemps et on se regarde changer. Pour ce qui est du buisness et de la promo, onévite que cela puisse devenir un problème. C’est de toute façon ce que nousconsidérons toujours en dernier.

Dans quel état d’esprit vous êtes-vous retrouvés pour créerl’album ?
Denis : Ca faisait un an que nous nous retrouvionsrégulièrement. Et puis un jour, il a fallu rentrer en studio. On ne peut pas dire quenous étions dans les meilleures conditions, mais nous étions motivés. Nous avions quandmême subi des séparations avec beaucoup de gens. Fred (basse) et Jean-Claude, notremanager, étaient partis. Les problèmes venaient du groupe lui-même. Faut croirequ’on abîme les gens… (rires) Nos routes ont divergé et, un jour, ons’est donc retrouvés tous les trois en studio. En général, c’est làqu’on décide vraiment si on continue ou si on arrête. C’est aussi là queJean-Paul nous a rejoints.
Bertrand : Quand Jean-Paul a commencéà répéter avec nous, les morceaux se sont installés et on a repris confiance en nous.Ca fait naître une motivation qui crée l’envie d’arriver jusqu’àl’album.

A propos de l’album, d’où vient son titre imprononçable 666667 Club ? Ca va rendre les disquaires complètement fous !
Denis : Nous travaillons avec une machine qui te permet derelever le tempo d’un morceau sur une sorte de compteur. Au départ, on a fait desconcours pour savoir qui allait jouer le plus vite en tapant sur le clavier. Serge, lepremier, est arrivé au chiffre 666. Ensuite, nous tous – jusqu’àl’ingénieur et le producteur – sommes tombés sur ce chiffre ! D’où"le club ". C’était drôle d’avoir le chiffre de la bête et derajouter une lueur d’espoir avec le 7.

Parlons d’espoir, justement, puisqu’il y a deux ans, tu asbrutalement perdu ta voix !
Bertrand : Brutalement, c’est le mot ! (NDLR :à cause de polypes – tumeurs bénignes – sur les cordes vocales )Aujourd’hui, je me protège en arrêtant de parler quand je veux (rires). En fait, jesupprime l’alcool et la cigarette en tournée. Perdre ma voix a été le truc le plusflippant qui me soit jamais arrivé. Je sais qu’il existe des gens qui vivent desévénements autrement plus dramatiques, mais ce truc-là ! C’était comme sij’avais totalement perdu la façon de m’exprimer !

Vous avez choisi de faire une tournée en deux temps :d’abord les petites salles puis les grandes. Pourquoi ?
Sergio : On a eu de très bonnes sensations sur des grandessalles de type Zenith mais, a priori, on préfère jouer dans les petites. Par exemple, ona récemment joué au Transbordeur de Lyon (NDLR : une salle de 1500 place ).Là, tu n’as pas, d’un côté, le public et, de l’autre, le groupe de rockqui vient faire son truc et qui s’en va une fois qu’il a fini. Nous avons desmorceaux vraiment intimistes qu’on tient à jouer en concert, comme Septembre, enattendant. Si le public parle, on ne peut pas le jouer. Le niveau est tellement basqu’il ne nous entendrait plus. La dernière fois donc, lorsque nous avons entamé cemorceau, il y avait un gros bruit de fond dans la salle. Don a tout stoppé et ons’est expliqués. Dix minutes plus tard, on a refait le titre. C’étaitspontané et c’est très difficile de faire cela dans une grande salle.

Lorsque vous-même allez écouter des artistes sur scènes, querecherchez-vous ?
Bertrand : Je recherche avant tout la personnalité del’artiste. Et cela peut prendre des formes très différentes. Je peux passer par lemusique gitane qui a un "truc très baston ". Il n’y a pas que lerock, comme dirait l’autre ! Tout ce qui a de la personnalité est fort.

Comment se passe la composition des chansons de Noir Désir ?
Bertrand : J’écris les textes avant mais il n’y arien de figé. Je peux aussi avoir de petites notes. Je ne sais plus qui disais"qu’une chanson existe déjà et qu’il faut la saisir ". Maiscela dit, ça néccessite pas mal de travail (rires)... Il y a un tas d’idées, demots qui se bousculent dans ma tête. Et un jour, tu ne peux pas empêcher que les portess’ouvrent ! Mais lorsque l’on passe en studio, on aborde les chansons engroupe. Et ça, ça relève directement de la liberté.

Phosphore, Janvier 1997
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MessageSujet: Re: Article de presse Noirdesir.org   Lun 6 Déc - 12:59

Citation :
NOIR DESIR
One Trip One Noise

L'égocentrisme et la facilité minent souvent les albums dits de "remix". Un
groupe, un chanteur demandent, en général, à des DJ de relifter des hits
passés, ce qui permet de se faire célébrer par d'autres artistes et de
sortir de nouveaux disques sans trop se fatiguer ; mais Noir Désir a choisi
de se donner du mal. Principe de départ de One Trip One Noise : confier à
qui le veut - groupe, DJ, instrumentiste, arrangeur...- les bandes des
Bordelais dans le but de les réinvestir, de les réinterpréter ; sélectionner
ensuite ces "recyclages" en écoute blind test (sans connaître le nom des
auteurs). Compilation de "re-créations" plus que de remixages, cet album
dessine deux grandes tendances : le détournement de l'incandescence rock par
la machinerie dub et techno (les adaptations de Treponem Pal, Andrej, Franz
Treichler, Al Comet, Gus Gus...), la précieuse réorchestration d'un univers
poétique (par Anna Logik, Zend Avesta, Replicant...). Quelques anecdotes,
mais aussi beaucoup d'intelligence et de nouveaux horizons. La palme
revenant à la délicatesse de Yann Tiersen réinventant A Ton Etoile à coups
de violon, accordéon et piano-jouet.

Signé: Stéphane Davet
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MessageSujet: Re: Article de presse Noirdesir.org   Lun 6 Déc - 12:59

Citation :
L'Article des Inrockuptibles


A l'arrière des taxis


On connaissait Noir Désir féroce gardien de sonintégrité, intransigeant maître-chien d'un rock en nerfs. D'où la surprise de voir legroupe abandonner totalement ses chansons à des remixers triés à l'aveugle sur Onetrip, one noise: Noir Désir fournit la matière première, grise et souple, à tousles traitements.
En quelques années, le remix est devenu L'Elixirdu docteur Doxey, une réponse miracle à tous les problèmes rencontrés par le mondede la musique - âge, rhumatismes, décrépitude, amnésie. Grâce au remix, tout le mondeest devenu copain et fait fi des chapelles musicales : ainsi déguisé et maquillé pardes DJ, le rock est redescendu dans l'arène qu'il avait abandonnée aux jeunessesélectroniques, les vieilles chansons sont ressorties des labos à samplers gavées auViagra. Une mise sous pli dance qui a suffi à illustrer musicalement la fusionmondialisante des genres. Comme toujours, tout le monde s'est mis à faire du remix, àrelire le patrimoine en tentant d'y imprimer sa touche personnelle. Au-delà desescroqueries évidentes (le remix a souvent consisté en des reprises pures et simples deschansons existantes, vulgairement grimées par la modernité des sons et des techniques deproduction), ce bain de jouvence en eaux souvent troubles, voire saumâtres quand lavieillesse se paie un DJ-gigolo, est presque devenu la panacée des esprits en panne, leneuroleptique de débats entre les intégristes de chaque camp dont les discussions sesont soudainement conclues par un oecuménisme inédit. " Machin prend toutesa dimension dans sa version remixée par Bidule. "
Comme toujours, le virus s'est propagé àl'intérieur des orthodoxies elles-mêmes, les groupes ont mis leur ego sous l'éteignoiret le libre échange de matière grise musicale s'est transformé en une espèce de grandepartouse où l'excellence (Cornelius remixant les Higli Llamas ou Kid Loco revisitantTalvin Singli) s'est mise à côtoyer le n'importe quoi (Noel Gallagher sagouinant Beck).Aujourd'hui, la France est aussi frappée par l’épidémie. Les Little Rabbitss'amourachent de Roudoudou ou Purple Penguin et même Noir Désir s'est laissé emportépar cette fièvre.
'De manière non préméditée, annonce d'emblée Bertrand Cantat. Tout est parti d'une cassette envoyée par Andrej, un artiste de Belgrade, qui avait fait une relecture de Septembre en attendant avec les moyens du bord. On ne l'a pas écoutée tout de suite. Puis l’idée a lentement fait son chemin après plusieurs écoutes. C'était très intrigant. Pour la première fois je me sentais dépossédé d'une chanson, mais je ne le vivais pas comme quelque chose d'affreux ou de dramatique mais plutôt de manière plaisante. Revisité comme ça Septembre en attendant devenait un morceau porteur d'une autre sensibilité et me touchait énormément. Le plus frappant dans cette affaire est qu’ Andrej avait choisi de faire ce titre très minimaliste dans sa version originale pour le rhabiller et le glisser dans une structure un peu trip-hop avec des filaments électroniques."
La simplicité du morceau choisi conjuguée àl'abandon de ces petits réflexes possessifs ados (un des maux du rock), voilà ce qui vadécider Noir Désir à se lancer dans l'aventure du remix et lui donner un piquantinédit en compliquant légèrement les règles du jeu. Car Noir Désir va intelligemmentjouer la carte de la non-méthode, se retirer complètement du processus: plutôt qued'établir une présélection de remixers officiels, il va mandater sa maison de disquespour qu'elle mette son répertoire en pâture de manière empirique et qu'elle envoie àchacun des prétendants à la transfiguration les enregistrements des instruments pistepar piste et non la mouture finale de la chanson choisie.
Comme pour doper l'excitation de l'entreprise, tout au long de l'opération, aucun des Noir Désir n'aura connaissance de la liste des candidats à la destruction. Un véritable blind-test lorsque chaque matin, le groupe devait écouter les cassettes arrivées au courrier et deviner le nom de l'auteur du remix. Serge Teyssot-Gay: "On écoutait ce qui arrivait sans savoir qui l'avait fait, on voulait être réellement surpris. Nous n'avons imposé aucune démarche artistique. Le format était totalement ouvert, chaque artiste devait pouvoir choisir son angle d'attaque et l’élément qui lui servirait de porte d'entrée. " Le jeu du bouche à oreille fera le reste. En quelques mois, la boîte aux lettres du groupe recrachera plus de cent versions revues et corrigées, un incroyable matériel duquel ressortiront treize lauréats, regroupés dans un disque protéiforme mais étonnamment cohérent, One trip, one noise.
" Un an s'est écoulé entre Le Lancement de l'idée et Le choix final des morceaux. Une année durant laquelle nous sommes restés dans Le flou. Pour faire un disque de tous ces enregistrements, il fallait que nous trouvions une grosse dizaine de titres cohérents entre eux, qu'il y ait une unité Comme par hasard, une fois La sélection faite, on s'est aperçu que Les mixes choisis provenaient pour La plupart d'artistes qu'on apprécie: SLoy et Yann Tiersen par exemple. Ou alors de gens auxquels on avait pensé par le passé pour remixer certains de nos titres, comme Franz Treichler, Le chanteur des Young Gods. D'ailleurs, c'est le seul que nous ayons reconnu d’emblée lorsqu'on a écouté sa cassette... Idem pour AI Comet qui lui a carrément choisi de remixer La seule chanson qu'on ait jamais eu envie de refaire un jour avec des machines: A l'arrière des taxis. Comme quoi, le paradoxe de ce genre d'initiative est qu’elle donne lieu à des demi-surprises. "
Les réelles surprises viendront donc d'ailleurs. Lamauvaise de Gus Gus, complètement à côté de son sujet : trop aimantés par la voix deCantat, les Islandais finissent par perdre Tostaky dans les airs. Et la bonne de TreponemPal par exemple, capable d'organiser One trip one noise en cyberdub, sans le moindre effetde manche clinquant. Plus loin, l'inconnu Andrej dote fin de siècle de la puissance defeu de Prodigy. Quand AI Comet sculpte au vitriol et caresse la voix de Cantat à la toileémeri, il le glisse dans les tessitures d'Alan Vega et déniche une filiation improbableentre Noir Désir et Suicide via son interprétation d'A l'arrière des taxis. Ludique,Anna Logik emmène Lolita nie en bloc dans un swing jazz blanc easy-listeningopportuniste; aventureux, Yann Tiersen juche A ton étoile sur les sommets des falaises etl'aère d'une atmosphère somptueusement baroque (violon, violoncelle, accordéon) ;ambitieux, Replicant se bâtit une cathédrale d'arrangements et de cordes à la JohnBarry dans Oublié Enfin, Akosh, le DJ hongrois, s'empare du 666.667 Club pouren faire un blues nord-africain virtuel, ou le chant finit par entrer dans les transessavantes délivrées par les griots. Un ultime sévice en guise de point d'orgue à cettetroublante entreprise de transformisme, dont on devine déjà les séquellesdévastatrices et les effets libérateurs sur un groupe dont on n'a jamais connu que lesurgences rock.
" Cette expérience nous a vraiment éclairés sur Les limites d'un groupe de rock, qui tiennent essentiellement aux instruments utilisés. Noir Désir depuis le début c'est une guitare, une voix, une basse, une batterie. Ce sont les seuls instruments avec lesquels nous faisons corps. On ne peut pas décider demain de jouer de l'oud ou des samplers en pensant qu’on va pouvoir donner une couleur nord-africaine ou électronique à notre musique, on n'en possède pas assez les secrets pour les utiliser de manière instinctive. "
Au bilan de compétences établi par SergeTeyssot-Gay, Bertrand Cantat préfère l'idée de la réminiscence et se hasarde àdemi-mots sur l'avenir " Lorsqu’on travaillera sur un nouvel album, ilne sera pas question de créer à tout prix une filiation avec celui-ci mais il est vraique Le processus d'ouverture et de digestion qu'il a engagé est bien présent, il estinévitable. Ecouter des musiques différentes, ethniques ou autres, c'est accepterqu'elles continuent à évoluer dans ta tête, qu'elles cheminent dans une espèced'inconscient musical. On les assimile, on va Les ressortir sous une certaine forme. Il ya un passage souterrain, un peu comme La rivière qui disparaît sous terre. elle ressortforcément. "
On guettera les résurgences.
Les Inrockuptibles N°173 - Novembre 1998
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MessageSujet: Re: Article de presse Noirdesir.org   Lun 6 Déc - 13:00

Citation :
L'article de Rock & Folk


Toujours off, sans la moindre perspective commune annoncée (ni disque, ni tournée à l’horizon), Noir Désir reste sous les feux de l’actualité avec " One Trip One Noise " sorti le 2 Novembre dernier.


Noir Désir

Indiffèrent au clivage rock/chanson, Noir Désir vient de participer à un hommage à Jacques Brel sur lequel il s’illustre par sa maturité musicale et vocale. Et, après une longue gestation, il sort un album de remixes de ses propres chansons. Réputé pour avoir veillé avec intransigeance à toujours gardé le contrôle de ses enregistrements, Noir Désir les a soumis aux relectures les plus diverses, sélectionnant avec passion, parmi une bonne centaine de propositions, treize versions étonnantes qui confirment la haute teneur de son répertoire.
Excès Bertrand : Andrej, un musicien yougoslave, a été en 1997 l'élément déclencheur de ce projet de remixes. Pourtant, un an auparavant, des tentatives peu glorieuses et non sollicitées nous avaient fait réagir à l'inverse. Lui non plus d’ailleurs ne nous avait rien demandé avant de nous contacter de Pologne pour nous faire écouter " Septembre En Attendant ". Sergio : ce n'était même pas un remix : il avait simplement ajouté à l'original des basses, des infrabasses, de la batterie et des sons électroniques.
Bertrand : comme il n'avait aucune bande à disposition, il avait procédé d'une manière roots avec seulement un lecteur CD et son ordinateur. Le résultat nous a plu : il sonnait moins bien qu'avant la version définitive, mais on y trouvait déjà tout l'esprit de l'histoire.Denis : Il a suscité notre curiosité : Tiens, on n'y avait jamais pensé, qu'est-ce que ça donnerait sur d'autres morceaux ? Bertrand : Quand il est venu pour remixer "Fin De siècle", on avait beaucoup discuté et admis l’idée que quelqu'un d’extérieur puisse s’emparer d'un de nos morceaux pour en faire autre chose. Denis : comme on donne dans le radicalisme, on est passés d'un excès à l'autre :plutôt que de prendre un de nos albums pour que quelqu'un y touche, on a ouvert notre discographie à tous.
Blind test Denis : Les contacts ont surtout été pris par la maison de disques, ce qui n'était pas la solution idéale car on aurait pu rencontrer d'autres gens.Sergio : En ce qui concerne Yann Tiersen, je suis allé le brancher après l'avoir découvert sur scène à l’Européen.
Bertrand : On a conseillé certains noms mais tout s'est fait sans communiqué, par le bouche à oreille, ce qui demande du temps. On n'a pas procédé par affinités, mais on est retombés sur des affinités comme les Young Gods. Sergio : Quand un intervenant avait choisi un morceau, la maison de disques lui faisait parvenir toutes les bandes et il pouvait en faire ce qu'il voulait, sans aucune contrainte. c'est essentiellement la voix qui a été conservée, parfois un peu de guitare et de batterie. Denis : Il y a eu des conseils de la maison de disques, pas des obligations formelles mais des recommandations, les morceaux devant être identifiables à travers la voix, ce qui est tout de même plus facile qu'avec la grosse caisse... Bertrand : De toute façon, c'est souvent le cas avec des remixes. Jean-Paul : on a reçu une centaine de propositions. On aurait pu attendre un an de plus pour se retrouver avec deux cents rernixes, mais on ne voulait pas traîner en longueur. On a tout écouté en blind test, sons savoir de qui il s'agissait, pour ne pas être influencés.

revisité
le mors aux dents
<blockquote> Paroles de remixeurs
Parole aux vrais acteurs de ce projet, les remixeurs en personne. Comment ont-ils abordé l'oeuvre de Noir Désir, sélectionné leur titre ? Seraient-ils prêts aujourd'hui à tenter l'expérience inverse ? Questions multiples et réponses diverses de certains d'entre eux. Andrej : " Septembre en Attendant " + " Fin de Siècle "
"666 667 Club" était le premier album de Noir Désir que j'ai eu la chance d'écouter. Je n'étais donc pas un fan de la première heure mais d'un autre côté, j'avais vraiment beaucoup aimé ce disque. "Septembre En Attendant" fut un choc réel car l'atmosphère de ce morceau m'a fait réfléchir à tous les sons qu'on devinait cachés derrière les paroles, la voix de Bertrand, la ligne de basse mais également le silence qui était dans cette chanson. Celui-ci était plein de différents sons et couleurs, inaudibles et invisibles : c'était donc une bonne idée d'essayer de rendre ce silence audible. Je l'avais baptisé "Un Jour à Belgrade Mix" et ce fut le début du projet "0ne Trip, 0ne Noise". Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée de traduire les paroles de Noir Désir. Pour moi, ces deux remixes sont le partait exemple d'un mélange de deux cultures différentes, la rencontre de deux mondes. Mais c'est un mélange naturel, évident. Noir Désir remixer l'un de mes titres ? Pourquoi pas. Ce serait avec grand plaisir et certainement très drôle.


Alex (Replicant)
" J’ai Oublié "

La manière dont j'ai abordé ce travail est intimement liée à ma culture musicale (pop, rock et musiques de films). J'ai été très intéressé à l'idée de proposer un remix d'un titre de Noir Désir, par l'opportunité de transposer leur univers musical dans celui d'un film. "J'Ai oublié" est une chanson dont le tempo et l'harmonie s'accordent parfaitement à celui d'une "Space March" (illustration musicale des séquences spatiales dans les films de James Bond - NdA). Au final, le plus intéressant pour moi a été de constater à quel point la voix de Bertrand et cette orchestration se mélangeaient bien et donnaient quelque chose d'harmonieux et d'original comme s'il devenait un crooner de l'an 2000. </blockquote>

Caisse de vin
Bertrand : on était loin de connaître tous les remixers. On avait entendu les disques de Treponern Pal et Gus Gus mais on ne les avaitjamais rencontrés. Replicant était un inconnu : il s'agit en fait d’Alex, le guitariste du Cri De la Mouche.
Denis : idem pour Anna Logik qui est un pseudo de MC Relou. Il a réalisé une dizaine de rernixes très distincts sous quatre ou cinq noms différents. Quand la maison de disques lui a filé rencard, ils s'attendaient à une petite nana et ils ont vu arriver un gros barbu.
Sergio : Quand je l'ai eu au téléphone, je lui ai signalé qu'il se montait sa cave à l'oeil : comme on remercie tous les intervenants en leur offrant une caisse de vin, il en a reçu une dizaine pour tous les morceaux refusés, alors qu'il n'en a qu'un seul sur le disque.
Jean-Paul : Zend Avesta est un type qui s’appelle Arno et travaille avec le guitariste de Kat Onoma. Bertrand : Télépopmusik est un groupe parisien. Titos Clan est une connaissance de Budapest : un jour qu'il passait à la maison, je l'ai averti du projet et il m'a aussitôt demandé s’il pouvait faire une proposition... On se retrouve ainsi avec autant de remixeurs étrangers que de français.
Soupçons
Bertrand : Je ne crois pas que leurs motivations soient opportunistes car ils ignoraient si leur proposition allait être retenue.
Sergio : On a personnellement appelé tous ceux qui ont été refusés pour discuter et tenter de leur expliquer. Je n'ai senti aucun calcul chez eux.
Denis : Beaucoup étaient étonnés et croyaient que la maison de disques avait pris cette initiative sans qu'on soit au courant.


Bertrand : Il y a eu pas mal de parano et beaucoup de soupçons sur un éventuel projet de maison de disques conçu sons notre accord. Etonnant, alors que nous défendons depuis dix ans une toute autre façon d'agir.

Feuille morte
Sergio : Notre sélection s'est faite de novembre 1997 à septembre 1998.
Denis : Les premiers arrivages n'ont pas été fabuleux, loin de là : sur les quarante premiers, on n'en a gardé aucun.
Sergio : Ensuite, on est passés à une qualité supérieure.
Bertrand : on a donc eu un gros doute renforcé par une seconde série qui nous a fait envisager un trois-titres. Voilà pourquoi on ne s'est jamais engagés avec la maison de disques.
Bertrand : la sélection proprement dite n'a pas été très difficile.
Denis : Elle a été très longue mais assez évidente à l'écoute.
Sergio : on est tous tombés d'accord sur la totalité des morceaux.
Denis : J'ai seulement eu quelques réserves sur "Lazy"' que je ne trouvais pas fabuleux.
Bertrand : on a hésité sur certains titres qui nous semblaient intéressants mais ne résistaient pas à la dixième écoute, un peu comme la feuille morte qui se détache de l'arbre toute seule. Au bout d'un moment, la qualité du disque est apparue et on a mis la barre plus haut que le simple bidouillage ou le bricolage marrant. On n'a conservé que de véritables univers, avec une histoire derrière : soit une vraie prise de risque, soit un vrai grand respect. On recherchait l'un de ces deux extrêmes et pas une simple démonstration du style regarde comme je sois bien me servir de mes machines. On a rejeté les expériences de mec doués mais sans oreille.

Sloy :
" Les Ecorchés "
Noir Désir ne voulait pas axer ce projet de remixes sur un travail en commun mais plutôt laisser aux remixeurs concernés une totale liberté de manoeuvre. La vraie question était : étions-nous capables de donner une seconde vie à un morceau d’un répertoire qui n’était pas le notre ? Celui de Noir Désir comporte plus de 60 morceaux et nous les avons tous écoutés, avant de fixer notre choix sur "Les Ecorches". Ce morceau comportait deux éléments intéressants : un riff de guitare entêtant et répétitif et un texte splendide traitant d’un sujet difficile (les drogues dûres). Nous avons donc samplé ce riff et joue dessus en essayant d'oublier la version originale, le tempo et la structure de départ étant complètement mis de côté. La phrase clef de la chanson était "White Light, White Heat" et intervenait au milieu du texte : à partir de la, le chant de Cantat déraille et se charge d’émotion. En effet, chaque mot, chaque phrase qui suit, prend une autre direction et l’atmosphère se tend. C'est d'ailleurs dans celle seconde partie du morceau que nous, avons pioché afin de reconstruire un nouveau texte. Pour ce remix, nous n'avons pas utilisé d'ordinateur mais nos instruments respectifs hormis les samples du riff de guitare et de la voix de Cantat. Quant à laisser Noir Désir remixer un de nos titres, nous n'y verrions ,aucun inconvénient et trous agirions même comme eux, à l’aveugle, sous forme de blind-test.

Yann Tiersen
" A Ton Etoile "
Quand on m'a proposé de remixer Noir Désir, j'ai tout de suite été emballé. C'est un groupe que j'aime depuis leur premier album et je me souviens de concerts incroyables à l'Ubu à Rennes. Mon idée de départ était de prendre un morceau speed, très tendu et de travailler par contraste, en suggérant la violence plutôt que de l'exprimer. J'avais pense à "La Rage" ou "Les Ecorchés" et puis, en réécoutant tous les albums, je suis tombé sur "A Ton Etoile" qui m'a frappé par la beauté des paroles et toute l'émotion qui passait dans la voix. Je n'ai finalement gardé que celle-ci et essayé de faire ressortir le texte. J'aime le côte abstrait et universel de " A Ton Etoile " : on peut y voir une chanson sur le Che, sur l'espoir ou la désillusion, une chanson d'amour ou militante. Apres une telle expérience, s'il s'agissait de faire l’inverse, je serais bien sûr très heureux d'être remixé par Noir Désir.


Bridé
Sergio : curieusement on n'a retenu aucune version des morceaux les plus remixés, comme "la chanson De la Main"...
Denis : ...ou "L'Homme Pressé". Ils ont été écartés car on raisonnait sur des produits finis imparfaits. Ainsi, Spicy Box est passé à côté de "En Route Pour La Joie" : plusieurs fois, on a failli le retenir mais il y avait toujours quelque chose qui nous gênait et qui aurait pu être amélioré. En revanche, trois versions de " Tostaky " nous plaisaient et ont été conservés. celle de Pills, vraiment techno, n'est pas sur l'album mais sur le single car elle correspond bien au format court.
Sergio : Les deux versions retenues pour l'album sont tellement différentes qu'il n'était pas gênant de les proposer simultanément.
Bertrand : Avec le temps elles continuent d'apporter quelque chose alors que la version de Pills se contente de rentrer dans la gueule.

Jean-Paul : il n'y a pas eu de repêchage. Certains morceaux auraient pu être améliorés mais c'était entrer dans un travail où nos suggestions auraient tout faussé.
Sergio : on n'en avait pas envie.
Bertrand : on a bien essayé de remixer un troisième morceau avec Andrej, mais ça revenait à s'écarter de l'idée de base.
Denis : cette solution était bâtarde : nous, on n'intervenait pas à 100% et le mec était bridé.
Bertrand : on a alors adopté une attitude claire : soit le remixeur nous proposait sa vision et nous faisait craquer, soit on rejetait tout sans rien récupérer.

Partisans
Sergio : on a eu beaucoup de surprises. On a été séduits par les véritables relectures avec réorchestration comme "Oublié", ou "One Trip one Noise" en dub.
Jean-Paul : Pour certaines versions non retenues, on se demande toujours de quel morceau il s'agit : rien ne nous a permis de l'identifier.
Bertrand : Le critère premier n'était pas la fidélité mais le plaisir et on s'est bien marré, par exemple avec "Lolita Nie En Bloc". Certains ont conservé l'esprit d'origine avec quelques rajouts ("Septembre En Attendant", "Lazy") mais on était partisans d'un état d'esprit totalement iconoclaste pour entraîner le morceau sur d'autres voies. Ainsi "Les Ecorchés" correspondent à l'univers de Sloy qui les a remixés. Nous n'avons fait aucune comparaison avec les originaux sauf pour "Lazy" : j'avais toujours regretté qu'on ne soit pas allés au bout d'une ambiance, les Sloy l'ont lait... ce n'est qu'un détail.
Jean-Paul : Les versions plus fortes que l'original ne sont pas sur le disque...
Denis : celles qui m'ont le plus éclaté, je n'y aurais jamais pensé. Mais il est très satisfaisant de se dire que c'est le morceau d'origine qui a déclenché l'idée.
Bertrand : on peut ainsi être fiers de ce qui en ressort.

Cohérence
Denis : Nous avons redécouvert tous les morceaux. Le plus flagrant est "666.667 club" que je considérais comme non remixable car il partait dans tous les sens.
Jean-Paul : "A Ton Etoile"...
Bertrand : Là, Tiersen a conservé la chanson mais il a modifié toute la table harmonique et l'instrumentation
Denis : A l'arrivée, on retrouve vraiment son univers.
Sergio : Tout comme celui de Franz Treichler et les Young Gods sur "Le Fleuve".
Bertrand : Tous nous ont permis de redécouvrir les morceaux. c'était un de nos critères, donc la surprise était nécessaire.
Sergio : on ne peut pas vraiment parler de remixes à partir des bandes car les morceaux sont tous réarrangés et refaits.
Bertrand : c'est notre répertoire qui se retrouve entièrement revisité.
Denis : on a souvent été surpris, jamais choqués. On est très peu intervenus : à la gravure, on a seulement récupéré des graves là où on pensait qu'il en manquait et Sergio a viré des fréquences qui le gênaient.
Jean-Paul : Pour une question de cohérence de l'ensemble.

Censure
Bertrand : Participer à la compilation hommage à Brel nous a fait nous retrouvé dans la position inverse. En reprenant "ces Gens-Là", nous avons tenté de rester fidèles à l'esprit, quoique. c'est un jeu périlleux que de s’attaquer à un monument. cela dit, notre motivation n'était pas de relever un défi.
Sergio : En l'occurrence c'était à Bertrand de décider en tant que chanteur, mais j'ai été surpris de son choix et de son désir de respecter la structure.
Bertrand : cette chanson s'est imposée d'elle-même. Avant même d'en parler aux autres, je voulais la reprendre mais sans me l'avouer, je refoulais cette envie. Quand j'en ai pris conscience, le choix a été évident et la réalisation a été un vrai bonheur. Dommage de constater que deux versions ont été refusées par la Fondation Brel : celles de Mano Solo et de Rodolphe Burger qui s'écartaient trop de l'original.
Sergio : Rodolphe avait cisaillé la chanson, Mano Solo avait carrément changé la mélodie.
Bertrand : on ne courait pas un tel risque de censure, on n'avait d’ailleurs pas pensé les choses en ces termes, mais il est étonnant de constater que pour ce projet, il existait une police.
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MessageSujet: Re: Article de presse Noirdesir.org   Lun 6 Déc - 13:02

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MessageSujet: Re: Article de presse Noirdesir.org   Lun 6 Déc - 13:02

Citation :

Interviewaux vieilles charrues
(été 2001)


Le prochain album qui sort enseptembre s'appelle " Des Visages, Des Figures". Est-ce que ça donne
une idée du contenu, axé sur des portraits, ou pas du tout ?
Bertrand : Non,on ne peut pas dire ça comme ça.

Pourquoi ce titre alors ?
Bertrand : C'estune vaste question... bon je pose le café ! Dans ces mots là il y a le doublesens, c'est ce qui
nous intéresse. Plutôt que de parler de portraits avérés,genre "Opus n°1" : voici le portrait de ci ou de ça. On
est jamais comme ça, on n'a jamais ce genre de lecture. On ades lectures un tout petit peu plus inconscient.
Donc "Des Visages, Des Figures" c'est tout ce qu'ona pu vivre et explorer pour la création de cet album. Faut
pas faire une lecture de premier degré comme ça, avec nousça marche jamais.

On n'a pas écouté l'album pour l'instant...
Bertrand : C'esttoute la distorsion : des visages, des figures... des visages, des figures...cela tourne comme
ça à l'infini...

Vous venez juste de le finir ?
Bertrand : Onvient de le finir, on le finit en ce moment même là tout de suite, tout àl'heure. On est vraiment
dedans !

Cela a été très juste par rapport à une sortieen septembre, c'était prévu ?
Bertrand : Non,on devait finir avant.

Et qu'est ce qui s'est passé ?
Bertrand : Oh!Rien de spécial, c'est dur de terminer un disque. Parce que tu as du mal àt'arrêter, quelque part.
Tuas l'impression qu'un voyage se termine, et moi j'aime mieux quand le voyage enest au milieu que quand il se
termine,voilà.

Et là vous avez arrêté parce que vous teniez àcette date de sortie ?
Bertrand : Nonon a arrêté parce qu'il faut bien s'arrêter un jour.
Denis : Ona quand même commencé il y a un an et demi, donc c'est un truc, on va dire de"moyenne haleine" pas
delongue haleine. Et puis bon si tout se passe bien il y aura 70 minutes demusique dessus. Donc comme dit
Bertrand,il y a un moment où il faut s'arrêter parce que de toute façon ça rentreplus sinon.

Toujours à propos du disque, on a vu SergeTeyssot-Gay (guitare) à Brest présenter son spectacle autour de
Georges Hivernaud, "on croit qu'on en estsorti", avec un travail avec Paul Bloas et j'ai lu qu'il travaillerait
avec tout le groupe. Pour ce disque ou dansl'avenir ?
Bertrand : Necompte pas sur moi pour te répondre ! (rires)
Sergio : Nonça s'est fait autrement, avec un autre copain. Il n'y a rien de prédéterminéou de fixe ou d'obligatoire.
Dansl'avenir on verra en fait. On fait en fonction de ce qu'on fait musicalement, denos compos... ça correspond entre
nous,mais on a peut-être aussi envie d'autres choses, de chercher d'autres choses.

Ce nouvel album vient après celui des remix, plusélectronique. Y aura t-il des machines ?
Bertrand : Sic'est des ingrédients qui ne sont pas nos racines, ce n'est pas le cas. C'estun petit peu difficile à
prédéfinirmais il y a des ingrédients qu'on n'a jamais utilisés jusque là.
Denis : Ily a des machines mais elles sont jouées, elles sont faites à la main, en tempsréel presque. Il y a des petites
bouclesde percu, de basse, des trucs comme ça, mais ce n'est pas vraiment de laprogrammation.

Il y aura des influences plus jazzy, flamenco ? Onpense à votre première partie d'il y a cinq ans(Akosh s. unit)...
Bertrand : Ouais!

Merci ! Non mais sérieusement...
Bertrand : Ily a Akosh qui a participé à l'album. Il y a un morceau qu'on a fait complètementensemble, un
morceaude 24 minutes...
Denis : Préparez-vous-y!!!

Et il aura une durée de 24 minutes sur l'album?C’est lui qui l'a composé ?
Bertrand : Non! On l'a composé ensemble ! Tu ne m'écoutes pas ? !!! (rires)

Tu peux essayer de t'approprier le truc...
Bertrand :Oui... j'ai tout fait. comme d'ab' ! (rires)

Hier soir, il était prévu un duo avec DenezPrigent qui n'a pas pu se faire...
Bertrand : Oui,on n'a pas pu le préparer avant.Son truc est tellement bien léché, tellement parfait qu'on a flippé
quecela fasse "chien dans un jeu de quilles". Il valait mieux laisser çaavec cette beauté là. Moi j'étais là sur le côté,
j'étaisavec lui, et voilà !

Qu'est ce qui t'as intéressé dans l'univers deDenez Prigent ?
Bertrand : Euh...le chant !

Les interventions sur d'autres albums, ou letravail solo de Serge Teyssot-Gay, c'est des choses qui nourrissent
Noir désir après, ou c'est des choses qu'on nepeut pas faire à l'intérieur du groupe ?
Bertrand : Lesdeux mon adjudant !
Sergio : Bertrandvient de te répondre, très... court... mais bon c'est évident que jamaisj'aurais pu faire cet album
sololà sans avoir fait ce que j'ai fait avant avec mon groupe, où j'ai apprisplein de choses. Tout est interdépendant,
defait, oui !

Où en êtes-vous avec le "sous-marin" ?
Bertrand : Coolquoi ! On les a vus à Nîmes mais c'était un vrai bordel, on a vu Loïc...C'est à tiroirs, à
rebondissements.Maigret a regagné la mairie, donc ce n'est pas très bon signe. Mais cela n'aplus grand chose à voir
avecle "sous-marin", la gauche est incapable de s'allier là-bas, doncMaigret est repassé, c'est tout ! On est toujours à
lessoutenir s’ils ont de bons projets, on est toujours là. Moi je suis toujoursprésident... je vais te dire... je suis content....
Parceque président... ça peut mener à des trucs supers... Je pense que je vaisdevenir malhonnête d'ailleurs à force !
(Rires)Mais c'est bien, ils sont toujours sur le steak, toujours dans leurs histoires,toujours à créer des réactions, ils ne
selaissent pas aller. Mais bon, sur la ville de Vitrolles si ça avait changé demairie, ils avaient un projet en poche, mais
là ils ne peuvent pas l'appliquer bien sur. Enfin voilàquoi.
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MessageSujet: Re: Article de presse Noirdesir.org   Lun 6 Déc - 13:04

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MessageSujet: Re: Article de presse Noirdesir.org   Lun 6 Déc - 13:04

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LeSoleil - jeudi 07 mars 2002
Unetempête nommée Noir désir

Noir Désira longtemps hésité avant de prendre la route avec Des visages, des figures,son cinquième album. Le nouveau chapitre musical du groupe bordelais, salué àl'unanimité par la critique, évoque un univers tridimensionnel, vibrant, uneénergie parfaitement canalisée, qui a peu à voir avec son passé crûmentrock et revendicateur. Si bien que la formation n'y voyait pas de correspondancescénique. Puis elle s'est mise au boulot.
Il y aplusieurs semaines que Noir Désir s'affaire à ciseler pour la scène lediamant brut que constitue son dernier album, un opus qui, avec l'excellentsimple Le vent nous portera (et bien d'autres titres tout aussi valables), leurvaut de mener la course aux Victoires de la musique avec cinq nominations.

« Nous avons mis les mains dans la matière. Il y a des choses qui se sont fixées,d'autres qui ont gardé de grandes plages de liberté... On avance. On finittoujours par plonger à l'eau. Chaque fois, il faut s'investir et réinvestir unespace en live. Nous ne sommes pas du genre à mettre en scène ou à trop fixer», fait savoir le chanteur et guitariste Bertrand Cantat.

Le processus, admet-il, peut parfois être irritant. Surtout que les quatremembres de la formation ont de bouillants caractères...

« Aujourd'hui, nous ne nous sommes engueulés que quatre fois, avouait-il il ya quelques semaines. À 12 fois, on commence à s'inquiéter ! Il faut direqu'il y a vraiment plein de choses à gérer musicalement. Tout doit êtrediscuté. On recherche toujours le consensus. »

Par ce travail, Noir Désir espère en arriver à une formule qui satisfassetout le monde, à commencer par le public.

« J'ai vachement envie que ce soit bien, plus qu'avant. Avant, c'était forcémentbien, mais là, la barre est plus haute. Il n'est pas question de boire commeavant — il y avait des moments où ça prenait le pas sur le reste — mais,bien sûr, on dit ça pour se motiver ! »

Le bon esprit qui règne au sein de la formation depuis sa retraite au Maroclors de l'écriture de l'album ne facilite pas pour autant la recherche dutraitement à apporter aux chansons. Avec Des visages, des figures, Noir Désirsigne son disque le plus intime à ce jour. Un contraste marqué d'avec sa précédenteproduction et un défi d'arrimage en concert.

« L'idée, c'est de ne pas faire pareil au disque. C'est pourquoi nous auronsun platiniste avec nous sur scène, Christophe Perruchi, qui est une vraie usineà gaz ! Avec ses samples, ses couleurs de sons, il permet de rentrer différemmentdans les chansons », explique le sympathique musicien qui, avec sa bande, débuterasa tournée au Québec. Le quatuor se produira dans la Vieille Capitale le 17mars, soit huit jours après la remise des XVIIes Victoires de la musique quidevraient le couronner groupe de l'année.

Pour ce premier rendez-vous en quatre ans avec le public québécois, Noir Désirpromet la même charge émotive qui traverse ses incontournables Tostaky (1992),666 667 Club (1996) et, plus récemment, Des visages, des figures (2001).

« S'il y a une chose à laquelle on tienne, c'est que notre intensité soit préservée.On veut que les gens puissent se retrouver dans nos racines et dans lessensations qu'on a pu susciter chez eux. On veut qu'il y ait des guitareshurlantes et toutes les autres choses qui hurlent aussi. »

Sur scène, il ne faudra donc pas s'attendre à un Noir Désir assagi... Laformation déchaînera ses éléments comme jamais auparavant.

« On va tenter de créer des tableaux qui ne sont pas tous les mêmes. Parceque c'est vrai que le lien n'est pas toujours si évident entre les chansons.Les rythmes non plus. Quand on balancera des furiosités, ça donnera plus devaleur aux passages plus lents. Ce sera comme une crise de tachycardie, une tempêtepermanente. »

Et Dieu sait qu'au Québec, en mars, les tempêtes ne sont pas toujoursinoffensives...

« D'habitude, on termine nos tournées au Québec. D'y commencer, ça ajoutebeaucoup d'inconnu pour nous. Cela dit, on a peut-être moins de pression que sion commençait en France... », admet Cantat.

Là-bas, on s'en doute, les attentes sont gigantesques. En 20 ans de carrière,jamais Noir Désir n'a obtenu un succès populaire de l'ampleur de celui qu'ilconnaît maintenant, un succès qui pourrait lui mériter samedi les Victoiresdu groupe, de l'album, du clip, de la chanson et du concert de l'année.

« On doit vieillir parce qu'on commence à être flattés par ce genre de chose! À quelque part, c'est une forme de reconnaissance. On ne crache pas là-dessus,mais ça ne fait pas partie de nos buts ultimes. On commence juste à pouvoirapprécier ça », soutient le chanteur.

Ardents militants de la gauche, défenseurs des sans-papiers et des SDF,artistes frondeurs à la démarche indépendante (même s'ils sont sous contratavec le major Universal-Vivendi), Bertrand Cantat, Denis Barthe, SergeTeyssot-Gay et Jean-Paul Roy se gardent d'ailleurs bien de courir après leshonneurs. Dans le passé, il leur est même arrivé de boycotter la cérémoniedes Victoires (se contentant d'envoyer une télécopie), trop déconnectée,estimaient-ils, de la réalité de la marge, plus affranchie et spontanée.

« Personne ne peut plus croire que les artistes peuvent encore faire ce qui estbon sur le moment tellement tout est normé, tellement tout est marketing. J'aiplutôt tendance à penser que rien ne l'est. »

À cet égard, Noir Désir est l'exemple qu'une certaine renommée n'entache pasnécessairement la liberté de création. « Le succès, il faut s'en méfier.En même temps, est-ce que l'on supporterait de retourner dans la noirceur del'underground ? », demande Bertrand Cantat.

La réponse est non, bien sûr. Fort heureusement, l'authenticité est plusfacile à maintenir pour un groupe qui a atteint sa maturité.

« Pour nous, la trace est profonde. C'est différent pour les jeunes, c'estplus insidieux que ça. Tu te laisses prendre dans la machine du succès et tuévites de poser des questions... Il faut continuer de poser des questions. »

Noir Désir n'a jamais relâché sa vigilance. « Mais c'est du travail ! Desfois, il faut rentrer chez nous, sur une terre en jachère... C'est la seule façonde se ressourcer, de rester proche de la vraie vie, d'écouter la vie. Certainsparlent du spectacle comme s'il s'agit d'un produit vendu à des clients.J'essaie qu'il y ait quelque chose à donner et à prendre là-dedans. »

Et que ceux qui voudraient y changer quelque chose se le tiennent pour dit : «Je suis du genre à accepter les conseils, mais je les oublie vite ! »

KathleenLavoie
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MessageSujet: Re: Article de presse Noirdesir.org   Lun 6 Déc - 13:06

Citation :

Femme Magazine- avril 2002Noir désir, noir amer
La voix presque brisée de Bertrand Cantat, le chanteur du groupefrançais Noir Désir, a fait entendre à un public beyrouthin qui n’enest pas forcément coutumier un chant de contestation mariant poésie,rock et engagement. L’amertume en plus.

« C’est une déesse, vous savez… et les déesses portent parfois desdentiers. » Le compliment ressemble à son auteur : Bertrand Cantat, lechanteur de Noir Désir. Il s’y mêle une ironie qui s’amuse de tout (etpeut mordre parfois !), le goût des mots qui s’entrechoquent dans uneétincelle de vraie provocation… et une admiration de gamin -toute ensincérité- pour Brigitte Fontaine, cette diva déglingue et zazou qui achanté sur le dernier album du groupe, Des Visages et des figures. «Une seule prise ! » précise-t-il, pour une litanie de vingt-troisminutes intitulée L’Europe. « Il n’y avait qu’elle pour arriver à fairecela ! »

Quel souvenir le public libanais conservera-t-t-il du passage àBeyrouth de ce groupe que la Mission culturelle française,organisatrice de l’événement en partenariat avec la C.D-Thèque, a unpeu pompeusement sacré « groupe phare de la scène rock française » ? Ilrestera sans doute l’image de ce keffieh blanc et noir brandi parBertrand Cantat pendant le concert, en signe d’un soutien sans réserveau peuple palestinien. Ce keffieh, qu’il arborait depuis longtempscomme tant de jeunes Français des années 80, en simple signe decontestation, est devenu à Beyrouth l’emblème d’un engagement politiquequi semble se vouloir plus mûr, et surtout plus lucide.

Ce n’est donc pas un hasard si les membres du groupe ont demandé àvisiter le camp palestinien de Chatila. Un pèlerinage suivi de lavisite rituelle dans le décor plus propret du Centre-ville ; ce quifera dire à Cantat pendant le concert : « Aujourd’hui, on a pris deuxou trois baffes dans la gueule ». Et encore : « Gens de Beyrouth, ilest beau votre pays : il est plein de contrastes ! » La même ironieprovocatrice que le matin même au Sheraton, mais avec un peu d’amertumedans la bouche, sans doute.

On aura donc beaucoup parlé politique pendant ce séjour de Noir Désir au Liban.
Et pour cause, le groupe n’en est pas à son premier engagement : lesIndiens du Chiapas, les sans-papiers ou Act’Up, le mouvement activistede défense des droits homosexuels ont tour à tour reçu leur soutiendirect, souvent à travers des concerts dans lesquels le groupe,largement impliqué par son leader, tenait la tête d’affiche. Et toutrécemment on se souvient de l’apostrophe de Cantat à Jean-MarieMessier, P.-D. G d’Universal Music et pourfendeur de l’exceptionculturelle à la française, lors des Victoires de la musique : «Camarade pédégé (…) nous ne sommes pas dupes de ton manège et si noussommes tous embarqués sur la même planète, on n'est décidément pas dumême monde ! » Pourtant lorsqu’on interroge Bertrand Cantat surl’éventualité que Noir Désir quitte Barclay et donc Universal, celui-cirépond prudemment qu’il est encore lié par contrat à sa maison dedisques… et ce pour encore un album qu’il n’est pas question de bâcler.

En effet, ce n’est pas le moindre des paradoxes du groupe français :cette même société du spectacle sur laquelle Bertrand Cantat tirecourageusement, a, en définitive, fait le succès de ces Bordelaispassés, depuis 16 ans que le public les connaît, par pas mal degalères. Bien plus, le single tiré du dernier album Le vent nousportera, une ballade superbe mais plus consensuelle grâce à sa lignemélodique et à la guitare de Manu Chao, leur ont acquis un public quipeinera à se reconnaître dans les textes violents et enragés, dans lerock ténébreux et outré des débuts de Noir Désir ; et cela même sicette veine plus hard se retrouve dans des titres du nouvel album commeLe grand incendie. Le public beyrouthin, partagé entre le confort desfauteuils de velours du Palais de l’Unesco et la violence rituelle despogos, aura fait involontairement la preuve de cette ambiguïté.

Au reste, lorsque sur scène Bertrand Cantat rajuste le keffieh quis’est pris dans les cordes de sa guitare, il le fait dans un mouvementlent, ample, délibérément élégant… comme si le bon vieux rock françaisiconoclaste se mâtinait ici d’un reste de romantisme révolutionnaire,d’une esthétique rouge et noire empruntée à Léo Ferré et augmentée ducharme charismatique de Cantat. Nul doute que celui-ci se reconnaîtradans cette référence au vieux poète anarchiste : Léo, dont il a chantéà Beyrouth, la ville criblée, un texte somptueux : « Des armes, deschouettes, des brillantes… »

Pierrick Madinier- Femme Magazine- avril 2002

Citation :

Libé - Avril 2002 Noir Désir pose ses mots à Beyrouth En tournée au Proche-Orient, le groupe
français a fait salle comble au Liban. Par Joëlle TOUMA Le mardi 09 avril
2002

Beyrouth correspondance
De toujours rêver dans la région ce n'est pas chose facile", fredonne
Bertrand Cantat entre deux chansons. C'est un message couvert, à l'adresse
du public libanais, pour signifier qu'il sait qu'à Beyrouth, où Noir Désir
est en concert ce samedi 6 avril, on ne peut pas toujours dire ce qu'on
pense. Dans la très officielle salle de l'Unesco, où a lieu le spectacle, un
lourd rideau de velours rouge, sur lequel s'étale une photo du président de
la République, est ouvert sur le fond noir de la scène. Organisée par la
mission culturelle française, la tournée de Noir Désir dans la région a
commencé le 2 avril en Syrie, à Alep, pour s'achever le 12 en Turquie, à
Istanbul, en passant par le Liban et le Yémen. Le groupe a réduit son cachet
à 4 500 euros, juste de quoi rémunérer l'équipe technique, pour que ce
circuit soit possible. "A Paris, ils étaient ravis qu'on vienne dans la
région, surtout qu'on n'a pas encore tourné en France. Commercialement,
c'est un très bon choix", ironise Bertrand Cantat, les deux dates en Syrie
étant a fortiori gratuites. A Beyrouth, les 1 200 billets disponibles à un
prix résolument bas par rapport au marché (autour de 7,5 euros) sont déjà
vendus deux jours avant le concert, un public éclectique composé à la fois
d'admirateurs invétérés de Noir Désir, de ceux qui ne connaissent que Le
vent nous portera et de curieux, qui ont vu à la télévision les Victoires de
la musique, ou ont entendu parler de la désormais fameuse "Lettre à
Jean-Marie Messier" (1). "Le feu à Beyrouth". Dans Commusication, une revue
spécialisée, des Libanais interrogés au sujet de Noir Désir s'attendent à ce
qu'ils viennent "foutre le feu à Beyrouth" ou même "adresser une lettre au
Premier ministre, Rafic Hariri" ; ce qui revient à supposer que les membres
du groupe soient au courant de toutes les imbrications de la politique
locale, que les autochtones eux-mêmes ont du mal à suivre. Noir Désir veut
pourtant s'informer. A la conférence de presse, qui a lieu dans la journée,
on a convié, entre autres, des journalistes qui peuvent les éclairer sur la
situation du pays. Pourtant, raccourci malheureux ou provocation, Bertrand
Cantat, à qui on a vraisemblablement expliqué qu'à Beyrouth francophonie
rime parfois avec élitisme, lance ironiquement à une salle comble et
sincèrement enthousiaste : "On nous a dit que notre public était très
éduqué, mais, c'est bien, vous êtes déjà debout." Prévus depuis des mois en
fonction de la disponibilité du groupe, les concerts en Syrie et au Liban
surviennent à un moment où la tension dans la région est à son paroxysme. En
Syrie, Noir Désir a eu l'occasion de se joindre à une manifestation
propalestinienne. D'ailleurs, sur le conflit israélo-palestinien, le groupe
prend clairement position : "Depuis qu'on est au Proche-Orient, on pense au
peuple palestinien, y compris à ceux qui sont au Liban." Probablement sortis
d'une des nombreuses manifestations qui ont lieu à Beyrouth depuis le début
de l'offensive israélienne, des fans rassemblés au bord de la scène
brandissent le drapeau palestinien et le font danser au rythme de la
musique. Les applaudissements sont plus timides quand Bertrand Cantat
enchaîne: "On pense à toutes les personnes qui sont prises en otages dans ce
genre de situation, même du côté israélien." Keffieh. Sur scène, le chanteur
arbore un keffieh qu'il garde autour du cou pendant tout le concert, même
quand il se déroule et vient se prendre dans les cordes de sa guitare.
Lorsqu'il l'enlève, c'est pourÊle rajuster ou le tenir à bout de bras. Ne
disposant que d'une seule journée à Beyrouth, le groupe a choisi de visiter
le camp de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila avec un journaliste
libanais, avant de se produire sur scène. Sans doute une visite que peu de
Libanais ont effectuée. Le matin même, répondant à une question lors de la
conférence de presse, Bertrand Cantat avait affirmé: "Non, on n'irait pas
jouer en Israël. Dans les territoires occupés, avec les Palestiniens, oui.".
Joëlle Touma
(1) Violente charge du groupe, lors de la cérémonie des
Victoires de la musique, contre le patron de Vivendi-Universal, dont dépend
Barclay... la maison de disques de Noir Désir.
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MessageSujet: Re: Article de presse Noirdesir.org   Lun 6 Déc - 13:06

Citation :
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MessageSujet: Re: Article de presse Noirdesir.org   Lun 6 Déc - 13:07

Citation :
Sud Ouest - Decembre 2002

NOIR DESIR OSE TOUT

La tournee "des visages des figures" prendra fin cette semaine avec les
concerts de Mont-de-marsanet d'Angouleme.Retour sur une annee 2002
exceptionnelle.


Pour noir desir,2002 aura ete une annee incroyablement dense:yn disque
evenement,une creation originale pour france culture,des prises de
positions remarquees aux victoires de la musique et et pendant l'election
presidentielle,et une tourneequi-apres des escales au canada,au
moyen-orient et dans toute l'europe-prend fin le week-end prochain dans le
sud ouest.Bilanv et perspectives.

SUD OUEST: l'immense succes de "des visages des figures",qu'on annocait
comme un disque risqué,vous a-t-il surpris

DENIS: ca nous reconforte dans l'idee qu'il ne faut jamais rester les pieds
dans ses charentaises.C'est une tres bonne chose.Ca nous a permis de faire
des concert differents,d'aborder les choses autrement.Depuis longtemps,on
voulait modifier certains morceaux,en réintroduire de plus anciens,faire de
nouvelles versions...

BERTRAND: l'instumentation a evolue:on ose enfin affirmer completement la
fragilite de certaines choses.De la meme facon qu'on va au bout de la
spirale ascendante quand ca doit cogner.Tous les crontastes sont plus creusés.

SERGIO: c'est une evolution dans la continuite du dernier album, qui a
provoque un declic qui nous a donne assez de confiance pour qu'on s'y
lance.Par exemple,avoir embarque un clavier avec nous,ca change
tout:Christophe(Perrucci,le cinquieme musicien du groupe)n'est pas un
soliste.Il rentre dans les morceaux par en dessous ou par l'interieur.Mon
jeu de guitare y a gagne une liberte incroyable.
BERTRAND: avec lui, Noir Desir est devenu un laboratoire permanent ou l'on
peut tout oser.Ce matin,je me suis levé avec l'envie qu'on compose,ecrive
et enregistre un album en dix jours,comme Wire.Un truc jeté,comme ca...

SUD OUEST: comment est né le projet"Nous n'avons fait que fuir"crée fin
juillet dernier au couventdes Urulines a Montpellier?
SERGIO: On avait promis a france culture d'y faire un concert.Ils
attendaient qu'on y joue nos morceaux dans des versions acoustiques ou
quelque chose dans le genre.Mais on a prefere se jeter dans une vrai
creation.On a crée les musiques en partant d'improvisations,et Bertrand
ecrivait en meme temps dans la meme piece.Il nous disait:"cette ambiance
oui,celle là non..."

BERTRAND:on etait en tournee en meme tempsOn s'est mis une drole de
pression.Pendant deux jours,on a carburé dans la matiere musicale.On
parlait peu,comme rarement.Sur la route,chacun continuait a faire avancer
le projet dans sa tete.Moi,des que j'avais cinq minutes,j'ecrivais.J'ai
fini le texte a montpellier,la veille du concert.On s'etait impraigne du
truc et on l'a jouer sans avoir fait de filage,au radar,da facon
entierement instinctive.

SUD OUEST: Quels sont les projets de Noir Desir pour 2003?

DENIS: le texte"Nous n'avons fait que fuir" sortira en debut d'annee,sous
la forme d'un livre publie par france culture et les editions
verticales,comprenant le disque du concert.Et canal+ diffusera debut 2003
un concert un peu special que nous produsons ce moi ci dans un theatre a
Evry.Un truc intime,sans scene,avec 500 spectateurs maximum.Nous jouerons
avec un quator a cordes.
Nous devrions faire la musique du premier film de paul bloas(NDLR:artiste
peintre,auteur de differentes pochettes de disques pour Noir Desir et Serge
Teyssot-Gay).Notre pote Albert Dupontel nous a aussi demande des musiques
pour son prochain film...On a pas mal de choses surle gaz.Une tournee aura
peut-etre lieu en Asie,Australie et Nuvelle-Zeland.On verra.

BERTRAND: Concernant un concert a Bordeaux,On voudrait faire quelque chose
dans le meme esprit qu'"Un jour a Bordeaux",avec un forum des
associatons,de nombreux artiste.Zebda pourrait etre de la partie pour un
evenement itinerant,festif,citoyen et thematique...Mais rien n'est encore
bien clairement defini.

SUD OUEST: samedi 7 decembre,le soir du concert a angouleme et la fin de la
tournee 2002,ce sera aussi le dixieme anniversaire de la sorti du single
"tostaky".C'etait hier ou il y a une eternite?

BERTRAND: C'est a la fois hier et une autre vie.Il y a une continuite dans
tout ca,mais notre vie est plus cahotique que la moyenne.C'est une vie avec
des tableaux forts,dans laquelle le temps n'existe pas vraiment."
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MessageSujet: Re: Article de presse Noirdesir.org   Lun 6 Déc - 13:08

Citation :
Articles de Presse

*

Sud Ouest - Décembre 2002
*

Un article de la Gazette de Montpellier - Juillet 2002
*

Libé - Avril 2002
*

L'article de Femme Magazine - Avril 2002
*

Le soleil - 7 Mars 2002
*

Article tiré de Charlie Hebdo - 13 Mars 2002
*

Le Monde - 13 Mars 2002
*

Le Monde - 11 Mars 2002
*


Interview aux Vieilles Charrues - Eté 2001
*

Un article du passage de Serge Teyssot-Gay à Caen - Fin 2000
*

L'article de Rock & Folk - Novembre 1998
*

L'article des Inrockuptibles - n°173 - du 10 au 17 Novembre 1998.
*

Une critique du Monde - 14 Novembre 1998.
*

Interview dans Phosphore - Janvier 1997.
*

Interview parue dans Rock sound - Janvier 1997.
*

Interview dans Rock sound - Decembre 1994.
*

Une interview parue dans Rock Sound - Mars 1994.
*

Critique de Dies Irae dans Hard n' Heavy - Fevrier 1994.
*

Article de Rock & Folk - n°318 - Fevrier 1994.
*

Autre article de Rock & Folk - n°318 - Fevrier 94.
*

interview parue dans Rock & Folk - n°313 - Septembre 93.
*

Longueur d'ondes - 1992
*

Interview à Lyon au transbordeur - Avril 1991
*

Longueur d'ondes - 1991
*

Best - Aout 1989

Un gros merci à Cyrillus, Sophie, Antoine, Arnaud, Xavier et J-D pour certains articles.
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